đ©âđ« Ce que vous allez apprendre aujourdâhui :
đ Pourquoi Apple lance un compte Ă©pargne avec un taux de 4,5 % ?
Ou comment se positionner sur le secteur de la Fintech avec 1 milliard dâutilisateurs.
đ Pourquoi Spotify lance son offre radio-to-podcast ?
La clĂ© pour un business model rentable 17 ans aprĂšs la crĂ©ation de lâentreprise ?
ⱠTemps de lecture estimé : 18 minutes.
Hello Snowballersâ!
Câest la deuxiĂšme Ă©dition de Snowball Affairs et je suis ravie de vous retrouver pour venir dĂ©crypter avec vous les actualitĂ©s stratĂ©giques du moment !
Cette semaine, on part sur un nouveau format et je suis impatiente dâavoir vos retours sur celui-ci. Je prends deux entreprises cotĂ©es qui sont en train de rĂ©aliser un mouvement stratĂ©gique et jâanalyse avec vous pourquoi elles le font et quelles mĂ©thodes elles utilisent.
Lâobjectif ? Vous aider Ă comprendre les rouages de la stratĂ©gie dâentreprise pour savoir Ă©valuer un marchĂ©, repĂ©rer les signaux faibles et dĂ©tecter les meilleures opportunitĂ©s dâinvestissement.
Est-ce que vous connaissez aujourdâhui une entreprise qui conserve exactement le mĂȘme business model depuis ses dĂ©buts et qui est encore leader de son marchĂ© ?
Probablement non, car le marchĂ© Ă©volue en mĂȘme temps que les besoins de ses consommateurs. Si le modĂšle peut ĂȘtre similaire, il Ă©volue toujours plus ou moins, notamment dans la tech. Et particuliĂšrement aujourdâhui, oĂč tout Ă©volue trĂšs vite.
Les entreprises leaders de leur segment dâactivitĂ© voient de nouveaux entrants leur voler des parts de marchĂ© tous les jours et devenir plus compĂ©titifs sur une catĂ©gorie ciblĂ©e quâils ne peuvent lâĂȘtre eux-mĂȘmes. Câest ce quâon appelle le cycle de vie de lâentreprise et pour que celle-ci perdure, elle doit faire Ă©voluer son modĂšle Ă©conomique avant dâĂȘtre en difficultĂ©.
Câest la notion quâon va aborder aujourdâhui en dĂ©cryptant les mouvements stratĂ©giques de deux entreprises leaders qui, chacune Ă leur façon, cherchent Ă renforcer leur position ou Ă en acquĂ©rir de nouvelles.
Et on commence par la plus visionnaire, qui est sans surprise Apple !
đ Pourquoi Apple ouvre un compte Ă©pargne avec un taux de 4,5 % ?
DĂ©jĂ , dĂ©finissons le terme âcompte Ă©pargneâ avant de nous lancer. Il s'agit d'un compte dont le capital est garanti et qui rapporte de l'argent. En France, le compte Ă©pargne le plus connu est le Livret A qui possĂšde actuellement un taux de 3 %.
En pĂ©riode dâinflation, les banques centrales dĂ©cident de relever leurs taux directeurs pour juguler cette derniĂšre. Cela signifie que si une banque emprunte Ă sa banque centrale, elle devra payer plus dâintĂ©rĂȘts. Et donc automatiquement, cette banque va elle aussi augmenter ses taux dâintĂ©rĂȘt envers ses clients.
Le but est de limiter la circulation de lâargent sur le marchĂ© afin de rĂ©duire la demande. Câest un principe monĂ©taire : si la demande baisse, les prix baissent Ă©galement. Donc pour maĂźtriser une inflation, on rĂ©duit le pouvoir dâachat afin que les gens achĂštent moins et que lâinflation chute.
En parallĂšle, les banques peuvent aussi placer l'argent des clients sur des actifs qui rapportent plus suite Ă la hausse des taux (comme les obligations dont Yoann parlait dans sa derniĂšre newsletter Snowball Learn). Et une partie de cet argent placĂ© peut-ĂȘtre redistribuĂ© aux clients via des livrets (en simplifiant fortement).
Dans ce contexte Ă©conomique, comme en France, de nombreuses banques amĂ©ricaines ont augmentĂ© les taux dâintĂ©rĂȘt de leurs comptes Ă©pargnes afin de conserver le pouvoir dâachat de leurs clients et pour attirer de nouveaux clients. Pour autant, le taux moyen des comptes Ă©pargne est autour de 0,37 %, donc bien infĂ©rieur Ă lâinflation.
Câest Ă ce moment quâApple entre en jeu et propose Apple Savings, un compte Ă©pargne Ă haut rendement avec un taux dâintĂ©rĂȘt de 4,5 %, soit â10 fois plus Ă©levĂ© que la moyenne nationale aux Ătats-Unisâ.
Une sacrée promesse, mais surtout une sacrée stratégie dans ce contexte inflationniste.
Creusons ça de plus prÚs.
La promesse
Apple Savings est un compte Ă©pargne qui est accessible uniquement aux dĂ©tenteurs de lâApple Card. Il ne nĂ©cessite aucun dĂ©pĂŽt ni solde minimum et peut ĂȘtre ouvert sans frais Ă partir de lâapplication Wallet du tĂ©lĂ©phone. Son utilisation est simplifiĂ©e puisquâil fonctionne sur le principe du cashback avec son âDaily cashâ. Cela signifie que tous les achats effectuĂ©s grĂące Ă lâApple Card permettront aux dĂ©tenteurs de la carte de voir un pourcentage de leur achat reversĂ© sur le compte.
Ainsi, sâils effectuent un achat avec Apple Pay, 2 % de leur achat sont Ă©pargnĂ©s automatiquement sur leur Apple Savings. Sâils effectuent un achat directement chez Apple, câest 3 % de celui-ci qui sont reversĂ©s directement. Ils ont donc la possibilitĂ© de mettre de lâargent de cĂŽtĂ© sans mĂȘme sâen prĂ©occuper. Ils peuvent Ă©galement rĂ©aliser un virement de leur compte bancaire individuel. La totalitĂ© des opĂ©rations se fait via lâapplication Wallet qui recense les transactions, le solde et les intĂ©rĂȘts cumulĂ©s rĂ©alisĂ©s.
CĂŽtĂ© sĂ©curitĂ©, Apple Savings est proposĂ©e par Goldman Sach, comme lâApple Card, et garantie par la FDIC (Federal Deposit Insurance Corporation) jusquâĂ 250 000 âŹ. Dans le contexte actuel, oĂč trois banques amĂ©ricaines ont rĂ©cemment fait faillite (Silicon Valley Bank, Signature Bank et Silvergate Bank), le partenariat avec Goldman Sachs, une grande banque amĂ©ricaine qui fait figure dâautoritĂ© dans le secteur, invite les clients dâApple Ă investir dans Apple Savings avec confiance.
La rĂ©alitĂ© du marchĂ© Ă©conomique aux Ătats-Unis
Si Apple se positionne au rang 11 du classement de Bankrate concernant son taux dâintĂ©rĂȘt de 4,5 %, il nâest pas le seul sur ce secteur. Plusieurs gros acteurs amĂ©ricains ont Ă©galement rehaussĂ© leur taux dâintĂ©rĂȘt sur les comptes Ă©pargnes afin dâattirer les clients et de valoriser leur pouvoir dâachat. Contrairement aux banques françaises, les comptes Ă©pargnes sont tous proposĂ©s par des banques commerciales et relĂšvent de la concurrence. Il nâexiste pas de modĂšle similaire au Livret A et les taux dâintĂ©rĂȘt fluctuent donc plus rĂ©guliĂšrement en fonction des dĂ©cisions prises par la FED. Aujourdâhui, câest par exemple le cas de CIT Bank qui propose un taux dâintĂ©rĂȘt Ă 4,75 % ou Bread Savings Ă 4,5 %. Mais les conditions d'ouverture et les frais ne sont pas les mĂȘmes, ce qui fait dâApple Savings un produit particuliĂšrement compĂ©titif aux Ătats-Unis.
Mais alors, quel est lâintĂ©rĂȘt dâApple dâouvrir un compte Ă haut rendement pour ses clients ?
Ce que jâen pense đ
Apple Savings vient sâintĂ©grer dans une stratĂ©gie plus large qui vise Ă positionner la marque Ă la pomme sur le secteur financier et Ă faire dâApple Pay une vĂ©ritable plateforme bancaire.
En lançant lâApple Card il y a 4 ans, avec Goldman Sachs aussi Ă lâĂ©poque, Apple annonçait la couleur. Cette carte qui fonctionne avec le systĂšme Apple Pay, mais qui existe Ă©galement en format physique, nâa pas de cotisation annuelle, de frais de transactions Ă lâĂ©tranger et donne accĂšs Ă des offres de crĂ©dit, le tout gĂ©rable en un clic via son tĂ©lĂ©phone. Mais lâavantage de cette carte est sans conteste son systĂšme de cashback qui permet de recevoir de lâargent Ă chaque transaction rĂ©alisĂ©e avec. Un systĂšme de cashback, qui, comme vous lâaurez compris, est aujourdâhui cumulĂ© dans un compte Ă©pargne si vous ouvrez un Apple Savings !
Il y a quelques mois, Apple renchĂ©rit et ouvre son service Apple Pay Later, un service de paiement qui permet Ă ses clients de rĂ©aliser des achats Ă crĂ©dit, remboursables en quatre fois sans frais sur un dĂ©lai de six semaines, pour des montants entre 50 $ et 1000 $. Le tout se pilote, lĂ encore, via lâApple Wallet. Le plus Ă©tonnant ici, câest quâApple ne sâest mĂȘme pas appuyĂ©e sur une banque pour lancer ce produit, mais quâelle le fait avec ses fonds propres comme une vĂ©ritable institution financiĂšre.
Avec lâouverture de Savings aujourdâhui, Apple affirme sa position sur le secteur financier, devançant ainsi lâun de ses principaux concurrents, Google qui, malgrĂ© ses efforts, nâa pour lâinstant pas rĂ©ussi Ă transformer lâessai sur ses produits financiers.
Lâune des forces dâApple, câest le cĂŽtĂ© userfriendly de tout ce quâelle crĂ©e. Câest dâailleurs ce qui fait que lorsque vous utilisez un iPhone ou un Mac, vous avez du mal Ă repasser sur une autre marque ensuite. Le produit et ses fonctionnalitĂ©s sont dĂ©signĂ©s pour vous faciliter la vie et vous faire gagner du temps.
Et quel est lâun des gros points bloquants des gens concernant les finances ?
Le temps et les connaissances techniques que cela peut demander.
Câest ce quâon appelle trouver un pain point et venir apporter une solution clĂ© en main en face !
âĄïž Apple se positionne ici sur 3 piliers stratĂ©giques
1er pilier
Comme un nouvel entrant qui vient concurrencer les entreprises leaders du secteur financier. Celles-ci doivent dĂ©ployer une panoplie de services pour leurs clients, qui ont besoin dâavoir un niveau de service et dâexpertise Ă©levĂ©.
Pour assurer leur rentabilitĂ©, elles travaillent sous une politique de prix moyens qui dĂ©coule elle-mĂȘme dâun systĂšme de coĂ»ts moyens. En rĂ©sumĂ©, elles ne peuvent pas segmenter leurs offres et proposer des prix ultra compĂ©titifs sur un seul produit.
Lâensemble de leur Ă©cosystĂšme fonctionne ensemble et leur permet de sâassurer une marge moyenne, certains produits plus rentables venant appuyer ceux qui le sont moins. Dans notre cas prĂ©cis, il leur est ainsi difficile de proposer un seul compte Ă©pargne Ă haut rendement, car elles en gĂšrent en gĂ©nĂ©ral plusieurs. Lorsquâun nouvel entrant sur un marchĂ© dĂ©tecte un point faible, il peut en faire une opportunitĂ© en venant rĂ©cupĂ©rer des parts de marchĂ© sur un segment prĂ©cis.
Câest le cas dâApple qui constate la hausse rĂ©guliĂšre des taux dâintĂ©rĂȘt de la FED et de lâinertie des banques amĂ©ricaines Ă suivre le mouvement. En venant se positionner spĂ©cifiquement sur ce secteur, la marque vient rĂ©cupĂ©rer des parts de marchĂ© en sâadressant aux clients qui veulent Ă©pargner plus facilement et avec un rendement plus Ă©levĂ©. Loin de la complexitĂ© des grosses banques, les clients peuvent ouvrir leur compte en un clic, voir leur compte se remplir grĂące aux Daily Cash et retirer lâargent quâil y a dessus quand ils le souhaitent. ZĂ©ro friction tout le long du process et un investissement ultra attractif.
Goldman Sachs lâa bien compris ! Ils ne peuvent pas se permettre ce type de produit, mais ils sâassocient Ă une entreprise plus petite sur ce segment (mais trĂšs puissante en termes de notoriĂ©tĂ©) pour toucher de nouveaux clients ou continuer de fidĂ©liser les leurs de façon indirecte.
2e pilier
En faisant Ă©voluer son business model majoritairement Produit vers le Service. Si je vous demande ce que fait Apple, quâallez-vous me rĂ©pondre ? Des iPhone, des ordinateurs⊠Donc, majoritairement des outils technologiques. Lâune des stratĂ©gies les plus efficaces pour faire Ă©voluer son modĂšle Ă©conomique intelligemment est de basculer dâune offre uniquement Produit Ă une offre de Services qui vient complĂ©ter lâoffre initiale. En crĂ©ant Apple Pay, puis Apple Card, puis Apple Pay Later et aujourdâhui Apple Savings, lâentreprise dĂ©veloppe une panoplie de services qui sâutilisent tous via votre iPhone. Ainsi, vous restez client sur toute la chaĂźne de valeur, vous avez accĂšs Ă de nouveaux services qui vous simplifient la vie et la marque continue dâaugmenter son chiffre dâaffaires. Malin !
3e pilier
En se positionnant comme un futur leader sur le secteur : Apple a lâimage de marque dâune entreprise visionnaire. Elle clame dâailleurs que sa vision est « dâapporter la meilleure expĂ©rience utilisateur grĂące Ă son matĂ©riel, ses logiciels et ses services innovants ». En investissant le secteur de la Fintech grĂące Ă un service qui vient casser les codes de la finance traditionnelle, elle renforce cette vision et sa place dans lâimaginaire collectif. Mais elle vient surtout devancer Google qui nâa pas rĂ©ussi pour lâinstant Ă obtenir de rĂ©sultats sur ce segment et elle utilise sa notoriĂ©tĂ© comme un gage de confiance pour convertir de nouveaux clients. En sâassociant Ă une banque traditionnelle, elle renforce la sĂ©curitĂ© de son offre et la rend particuliĂšrement sĂ©duisante.
Vous lâaurez compris, câest gagnant Ă tout point de vue ! NĂ©anmoins, si Ă la lecture de cette news, vous vous ĂȘtes dit que vous aussi vous alliez ouvrir un Apple Savings, je suis dĂ©solĂ©e de vous stopper dans vos envies. Le fonctionnement de lâApple Card et de Savings n'est pour lâinstant adaptĂ© quâau marchĂ© amĂ©ricain oĂč le systĂšme de crĂ©dit est trĂšs diffĂ©rent de la France. Nos autoritĂ©s sont beaucoup plus strictes sur le sujet et ne sont pas les seules ! Câest notamment ce qui explique que lâApple Card nâa toujours pas quittĂ© le continent amĂ©ricain, quatre ans aprĂšs sa crĂ©ation.
Affaire Ă suivre et de prĂšs ! La force de frappe dâApple avec ses 1,5 milliard dâutilisateurs iPhone actifs lui permet dâavoir une distribution globale quâaucune banque ne possĂšde Ă date. Elle pourrait Ă terme se positionner comme la future banque mondiale, notamment dĂšs lors que HSBC a perdu de son prestige sur ce segment. Qui ouvre le pari ?
đ Pourquoi Spotify lance son offre radio-to-podcast ?
Vous connaissez toutes et tous Spotify de nom, la plateforme de streaming suĂ©doise lancĂ©e en 2006 par Daniel Ek. Certains dâentre vous ont peut-ĂȘtre mĂȘme vu la trĂšs bonne sĂ©rie proposĂ©e par Netflix (The Playlist) qui raconte lâhistoire de sa construction et illustre les difficultĂ©s de son fondateur Ă trouver un business model rentable. Lâentreprise nâa dâailleurs Ă©tĂ© rentable pour la premiĂšre fois que dĂ©but 2023, soit 17 ans aprĂšs sa crĂ©ation ! Et elle ne lâest plus actuellement du fait de forts investissements ces derniers mois. đ€Ż
Pour ceux et celles qui nâont pas vu la sĂ©rie, je vous la conseille chaudement. Cela vous permettra dâapprĂ©hender en douceur les coulisses de la construction dâune entreprise et de comprendre lâimportance de trouver un bon business model, loin de nos idĂ©aux personnels.
Mais revenons-en Ă Spotify. La vision de lâentreprise de devenir la plus grosse plateforme dâĂ©coute audio au monde. Parce que dans sa vision, Spotify ne parle pas de musique et câest ce point prĂ©cis qui mâintĂ©resse.
Ă ses dĂ©buts, Spotify ne diffusait que du contenu musical et avait pour ambition de proposer au grand public dâĂ©couter leur musique prĂ©fĂ©rĂ©e en lâespace dâun clic sur internet. Si le succĂšs a Ă©tĂ© au rendez-vous, trĂšs rapidement, son fondateur a vu les limites de ce systĂšme. Les artistes sont payĂ©s au lance-pierre et Spotify nâest pas rentable, car les coĂ»ts de dĂ©veloppement et de maintenance du systĂšme sont trop Ă©levĂ©s. AprĂšs plusieurs tentatives, lâentreprise propose un abonnement payant aux utilisateurs, qui permet dâĂ©couter la musique en illimitĂ© et sans publicitĂ© (210 millions dâutilisateurs payants dans le monde Ă date, sur 515 millions dâutilisateurs). Mais ses investissements colossaux en parallĂšle la freinent dans sa rentabilitĂ© ainsi que sa dĂ©pendance aux maisons de disques.
En 2018, lâentreprise voit une opportunitĂ© dans lâĂ©conomie du podcasting et dĂ©cide de se positionner sur ce crĂ©neau avec des investissements massifs. En 2019, lâentreprise acquiert Gimlet Media Inc, un studio de podcast ainsi que Anchor, un service de crĂ©ation et diffusion de podcast pour 340 millions de dollars. Elle rachĂšte Ă©galement Parcast pour 56 millions de dollars et The Ringer pour 196 millions de dollars. Soit un investissement total de 592 millions de dollars pour une Ă©conomie Ă©mergente.
Ces acquisitions viennent positionner de maniĂšre trĂšs forte Spotify sur le crĂ©neau du podcasting avec pour objectif de transformer leurs auditeurs de musique en auditeurs de podcast Ă©galement. En un an, le nombre de podcasts prĂ©sents sur la plateforme passe de 185 000 Ă 700 000. Pour autant, lâĂ©conomie du podcast reste difficile et ne gĂ©nĂšre que peu de revenus publicitaires (moins dâun milliard de dollars aux Ătats-Unis, versus 14 milliards pour la radio).
Cette derniĂšre phrase devrait dâailleurs vous mettre la puce Ă lâoreille pour la suite de lâhistoire :
14 milliards de dollars de revenus publicitaires pour la radio aux Ătats-Unis. đ
Mais Ă cette Ă©poque, lâentreprise ne vise pas encore la radio et cherche plutĂŽt Ă devenir un Netflix audio en proposant des Ă©missions exclusives. Elle achĂšte ainsi les droits dâĂ©missions de cĂ©lĂ©britĂ©s comme The Joe Rogan Experience, The Michelle Obama Podcast, ou encore des Ă©missions avec Kim Kardashian et Addison Rae. Nouvel Ă©chec, les Ă©coutes ont beau ĂȘtre au rendez-vous, les investissements colossaux pour acquĂ©rir ces personnalitĂ©s ne permettent pas la rentabilitĂ©.
En 2021, Spotify persiste et signe en rachetant pour 235 millions de dollars Megaphone, une sociĂ©tĂ© dâhĂ©bergement de podcast. Megaphone devient alors la plateforme dâĂ©dition de podcast professionnelle proposĂ©e par Spotify aux entreprises comme aux podcasteurs. Elle permet dâhĂ©berger, Ă©diter et monĂ©tiser son podcast, notamment grĂące Ă sa technologie Streaming Ad Insertion, quâon appelle maintenant les DAI (Dynamic Ad Insertion) et qui sont reprises par de nombreuses plateformes dâĂ©dition de podcast. Le principe est simple : vous tĂ©lĂ©chargez votre Ă©pisode et le systĂšme calcule automatiquement les meilleurs endroits pour insĂ©rer une publicitĂ© en accord avec votre cible. Un systĂšme fabuleux pour chercher les annonceurs et une maniĂšre de rĂ©munĂ©rer les podcasteurs.
Un systĂšme finalement assez proche de la publicitĂ© Ă la radio non ? (Sachant que si vous dĂ©sirez Ă©couter sans publicitĂ©, vous pouvez prendre lâabonnement payant et ainsi Ă©couter en illimitĂ©).
On commence Ă ĂȘtre pas mal en termes de stratĂ©gie, non ?
Pas tout à fait. Ces technologies, aussi perfectionnées soient-elles, ont demandé des investissements colossaux et peinent à générer des bénéfices.
Pour autant, le marchĂ© du podcasting est du cĂŽtĂ© de Daniel Ek : celui-ci devrait atteindre 2,2 milliards de dollars en 2023. Aux Ătats-Unis, lâĂ©coute de la radio en ligne a augmentĂ© de 50 % entre 2019 et 2022, venant ainsi prendre des parts de marchĂ© au systĂšme de diffusion hertzien (Ă lâancienne). Cette Ă©volution des Ă©coutes est notamment caractĂ©risĂ©e par les pratiques de la gĂ©nĂ©ration Z qui raffole des podcasts. Selon Emma Vaughn, Global Head of Advertising Business Development & Partnerships chez Spotify, Spotify touche plus de 50 % des membres de la gĂ©nĂ©ration Z et des millenials aux Ătats-Unis sur ces 515 millions dâutilisateurs.
Quelle stratĂ©gie le fondateur de Spotify nâavait-il pas encore exploitĂ©e ?
Celle de rĂ©cupĂ©rer les recettes publicitaires de la radio, pardi ! Et il nâa pas attendu quâon le lui dise pour sâen occuper. Il a ainsi rachetĂ© fin 2021 (et oui, un Ă©niĂšme investissement ! ) Whooshkaa, une entreprise technologique australienne permettant de transformer un contenu radio en podcast de maniĂšre simplifiĂ©e. Il a travaillĂ© pendant un an pour intĂ©grer la technologie Ă sa plateforme Megaphone pour annoncer fiĂšrement dĂ©but 2023 la possibilitĂ© pour tout Ă©diteur radio de transformer en un clic son contenu en podcast Ă la demande.
Pourquoi est-ce intéressant ?
Aujourdâhui, si lâon en croit les informations de Spotify, il faut manuellement entre 30 et 60 minutes pour transformer un contenu radio en un podcast. La technologie dĂ©veloppĂ©e permettrait de le faire de maniĂšre simplifiĂ©e et sur des centaines de contenus chaque jour. Cela permet ainsi aux producteurs radio de venir toucher une cible plus jeune, de ne pas perdre les auditeurs qui se sont redirigĂ©s sur lâĂ©coute en ligne et dâavoir un systĂšme qui conserve leurs Ă©missions sur le long terme tout en bĂ©nĂ©ficiant du systĂšme de monĂ©tisation de Spotify.
Et pour la plateforme ?
En dĂ©veloppant cette technologie appelĂ©e Broadcast-to-podcast (littĂ©ralement âde la radio au podcastâ), Spotify assoit sa position et devrait devancer Apple Podcast pour sâaffirmer comme leader sur lâindustrie du podcasting. Cela va lui donner lâaccĂšs Ă de nombreux nouveaux contenus audio sans avoir besoin de nĂ©gocier des frais dâexclusivitĂ© comme câĂ©tait le cas avec les Ă©missions de cĂ©lĂ©britĂ©s. Sans compter que cette augmentation de titres dans son catalogue lui permettra dâaller nĂ©gocier des recettes publicitaires plus importantes.
Le trajet est encore long pour devenir le YouTube du podcast, car en comparaison, la plateforme vidĂ©o gĂ©nĂšre 30 milliards de dollars de ventes publicitaires en 2022 quand Spotify en gĂ©nĂ©rait 12 milliards. Mais entre ses abonnements et cette conquĂȘte de lâĂ©conomie radiophonique, lâentreprise a encore de beaux jours devant elle. Elle ne sera probablement pas rentable avant quelques annĂ©es, mais si les radios suivent, son business model pourrait enfin tenir la route.
Les points clés stratégiques de Spotify
1) Une stratégie de différenciation Produit
Il existe plusieurs stratĂ©gies de diffĂ©renciation lorsque vous souhaitez faire croĂźtre rapidement votre entreprise. Lâune des plus utilisĂ©es dans le secteur technologique est la stratĂ©gie de diffĂ©renciation par le produit : crĂ©er un produit userfriendly, avec zĂ©ro friction, des fonctionnalitĂ©s innovantes et qui sâintĂšgre dans un environnement possĂ©dant dâautres produits complĂ©mentaires. Câest exactement sur ce segment quâa jouĂ© Spotify en dĂ©veloppant sa technologie broadcast-to-podcast : pouvoir transformer un contenu radio en un podcast de façon quasi automatique, avec des inserts de pubs qui sâidentifient automatiquement grĂące Ă leur fonctionnalitĂ© Streaming Ad insertion, le tout sur une plateforme qui vous permet dâhĂ©berger, dâĂ©diter et de monĂ©tiser votre podcast pour toucher une nouvelle audience.
2) Devenir leader de lâindustrie du podcast via lâinvestissement
Lâentreprise a investi ces derniĂšres annĂ©es lâĂ©quivalent de 900 millions de dollars pour obtenir les meilleures technologies du secteur et devenir pionniĂšre sur le sujet. Plus elle investit, plus elle rĂ©duit lâĂ©cart en termes dâĂ©coutes avec Apple Podcast, mais elle peut surtout compter sur son nombre dâutilisateurs croissant pour dĂ©velopper les Ă©coutes de ce nouveau mĂ©dia. Ă date, elle a dĂ©jĂ converti 20 % de ses auditeurs et ce nombre a de fortes chances dâaugmenter dans les annĂ©es Ă venir avec lâĂ©volution du marchĂ©. Sa vision de lâĂ©coute en ligne lui permet dâembarquer ses investisseurs presque 20 ans aprĂšs sa crĂ©ation.
3) LâĂ©volution de son business model Ă travers sa chaĂźne de valeurs
Vous lâaurez compris avec cette news, sâil y a une entreprise que lâon peut qualifier de rĂ©siliente, câest bien Spotify. La plateforme nâa cessĂ© dâitĂ©rer et dâĂ©voluer en fonction de son marchĂ© et de sa vision pour trouver un business model rentable. Avec sa volontĂ© de sĂ©duire les Ă©diteurs de contenus radio, Spotify travaille ce quâon appelle la restructuration de sa chaĂźne de valeurs. Afin de ne plus dĂ©pendre des maisons de disques et des revenus liĂ©s Ă lâindustrie musicale, lâentreprise accroĂźt sa chaĂźne de valeur et de distribution et va toucher de nouvelles industries encore peu exploitĂ©es. Ses investissements massifs et la concentration de son Ă©nergie sur ce nouveau segment lui permettent de prendre rapidement des parts de marchĂ© et dâespĂ©rer viser une rentabilitĂ© Ă moyen terme.
Et câest dâailleurs tout ce quâon lui souhaite ! Personnellement, jâai lâimpression de regarder un Ă©pisode de sĂ©rie Ă chaque nouveau mouvement stratĂ©gique de Spotify.
Lâentreprise sâest entourĂ©e des meilleurs experts sur le marchĂ©, chacun croyant dĂ©tenir le hack ultime qui lui permettrait dâĂȘtre finalement rentable et aucun nâa conclu le deal pour lâinstant.
Ă votre avis, ce Ă©niĂšme investissement sera-t-il le bon ?
Merci Ă toutes et tous dâavoir lu en entier cette nouvelle Ă©dition de Snowball Affairs. â€ïž
On se retrouve dans deux semaines pour une nouvelle analyse. NâhĂ©sitez pas Ă mâenvoyer des entreprises dont vous aimeriez comprendre les rouages. đ
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Beau week-end Ă toutes et tous,
Delphine â€ïž