
đŠ Investir dans l'IPO de Klarna ?
La peur de la guerre peut-elle sauver l'Europe ?
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Ce que vous allez apprendre dans cet article
â±ïžÂ Temps de lecture : 20 minutes
Hey Snowballers,
J'espĂšre que vous passez une excellente fin de semaine.
Pour rappel, nous avons migré vers notre propre plateforme, donc n'hésitez pas à transférer ce mail dans votre inbox principale s'il est tombé dans un onglet "Promotions" ou dans les spams. Un énorme merci.
En parlant de ça, nous avons eu un petit problĂšme technique entre jeudi soir et vendredi soir, mais qui est maintenant rĂ©solu. Si vous ĂȘtes abonnĂ©s Ă la newsletter Snowball Bourse, vous avez dĂ» la recevoir dans la nuit de vendredi Ă samedi et non pas jeudi soir. DĂ©solĂ© pour ce petit bug. On apprend Ă dompter notre nouvelle plateforme.
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Je laisse le micro à Mathieu et tx pour la météo des marchés.
Yoann â€ïž
Câest principalement la banque centrale amĂ©ricaine (la FED) qui a fait l'actualitĂ© cette semaine avec un discours qui a plutĂŽt plu aux marchĂ©s. Le fait que Trump ait martelĂ© quâun accord de paix Ă©tait proche en Ukraine et quâil nâait pas fait de nouvelles grandes annonces sur des tarifs douaniers a aussi participĂ© Ă faire un peu baisser la nervositĂ©.
En dĂ©but de semaine, tous les regards Ă©taient tournĂ©s vers la discussion qui a eu lieu mardi entre Trump et Poutine. Cette discussion a pour le moment accouchĂ© dâune souris, mais Trump a rappelĂ© plusieurs fois par la suite quâil restait confiant sur une fin rapide du conflit.
LâĂ©vĂšnement de la semaine Ă©tait cependant la rĂ©union de la FED. En rĂ©sumĂ©, Jerome Powell a fait comprendre que le plan initial restait pour le moment dâactualitĂ©, Ă savoir une baisse des taux Ă mesure que lâinflation baisse, mĂȘme si Trump pourrait amener Ă un peu moins de croissance et Ă une inflation qui baisse un peu moins rapidement. Câest ce qui a plu aux marchĂ©s.
La FED a cependant bien fait passer le message quâelle restait attentive Ă ce quâallait engendrer la politique de Trump. La rĂ©alisation du plan va dĂ©pendre grandement des statistiques Ă©conomiques qui vont sortir sur les prochains mois.
En Europe, le grand plan de relance allemand infrastructures/défense a été voté par le Bundestag, il ne reste donc plus qu'à lever la limitation de l'endettement.
En Chine, les derniĂšres statistiques Ă©conomiques publiĂ©es sont globalement solides sur la production industrielle et l'investissement, et en ligne avec les attentes pour les ventes de dĂ©tail. Le marchĂ© a relĂ©guĂ© au second plan des chiffres encore mĂ©diocres sur lâemploi, peut-ĂȘtre aussi grĂące Ă Baidu (le Google chinois) qui a publiĂ© deux nouveaux langages dâIA trĂšs performants.
Pour finir, en parlant de technologie, Nvidia a fait un grand show cette semaine. Son PDG ne voit pas le marchĂ© faiblir, câest tout le contraire, avec des besoins en calcul 100 fois plus importants sur les prochaines annĂ©es. Jâai aussi notĂ© lâannonce dâun plan de 500 milliards de dollars pour produire aux Ătats-Unis ses propres puces. ReflĂ©tant les inquiĂ©tudes du marchĂ© Ă propos de la rentabilitĂ© de tous ces investissements dans lâIA, ces annonces nâont pas servi de catalyseurs aux marchĂ©s amĂ©ricains pour exploser.
Mathieu
Du cĂŽtĂ© du marchĂ© crypto, cette semaine a Ă©tĂ© marquĂ©e par un lĂ©ger rebond avec le bitcoin qui sâĂ©tablit autour des 84 500 $. MĂȘme chose pour lâether et solana qui ont respectivement grimpĂ© de 6,5 % et 4 % ces sept derniers jours.
La dominance de bitcoin, qui mesure la capitalisation de bitcoin par rapport au marchĂ© crypto dans son ensemble, est en lĂ©gĂšre baisse cette semaine Ă 61,3 %. Ces sommets avaient Ă©tĂ© atteints pour la derniĂšre fois en mars 2021. AprĂšs cela, la dominance de bitcoin avait largement chutĂ©, laissant la place aux altcoins. Sâil est possible que ce scĂ©nario se reproduise, pour lâinstant nous nây sommes pas du tout et les altcoins peinent Ă simplement suivre la performance de bitcoin.
Pendant ce temps, on assiste Ă une sorte de remise Ă zĂ©ro du sentiment des investisseurs. La peur de ces derniĂšres semaines a laissĂ© place Ă une forme de dĂ©sintĂ©rĂȘt et dâindiffĂ©rence. Ce sont les ingrĂ©dients idĂ©aux pour que le prochain mouvement de marchĂ© surprenne les investisseurs. Sa direction sera probablement un moment majeur pour Ă©tablir si la tendance haussiĂšre continue ou sâil sâagit effectivement dâun dĂ©but de marchĂ© baissier.
Du cĂŽtĂ© des actus, voici ce quâil ne fallait pas manquer cette semaine :
- Tether a Ă©tĂ© le septiĂšme plus gros acheteur de bons du TrĂ©sor amĂ©ricain en 2024 avec 33,1 milliards de dollars. Câest moins que le Royaume-Uni, mais plus que le Canada ! Cela montre lâampleur monstrueuse du business autour de lâUSDT.
- La SEC, le gendarme financier amĂ©ricain, va abandonner son appel contre Ripple (XRP). Encore une fois, il sâagissait dâune affaire oĂč la SEC suspectait lâĂ©mission illĂ©gale dâun titre financier.
- Deux ETF Solana Futures ont Ă©tĂ© approuvĂ©s par la SEC cette semaine. Ă la diffĂ©rence des ETF spot, ceux-ci ne sont pas nĂ©cessairement garantis par de vĂ©ritables SOL, comme câest le cas pour les ETF BTC et ETH lancĂ©s en 2024. Plusieurs demandes dâETF SOL spot sont en cours dâĂ©tude par la SEC. Bloomberg estime quâil y a 75 % de chances quâils soient approuvĂ©s cette annĂ©e.
- Coinbase annonce le lancement des verified pools, des pools de liquiditĂ© basĂ©es sur Uniswap v4, accessibles uniquement via un KYC (vĂ©rification dâidentitĂ©). Le but est de fournir une infrastructure qui respecte les rĂ©glementations tout en profitant de la transparence de la blockchain. Câest un pas en avant pour la rĂ©gulation, mais un pas en arriĂšre pour lâaccĂšs libre Ă la blockchain.
- MegaETH dĂ©voile son testnet public, que lâon peut essayer dĂšs aujourdâhui. Leur promesse est de crĂ©er la premiĂšre expĂ©rience blockchain « temps rĂ©el » avec un dĂ©bit maximal de 20 000 transactions par seconde. Le lancement de MegaETH en mainnet devrait avoir lieu dans les prochains mois.
tx
â± Temps de lecture : 5 minutes.
đ©âđ« Ce que vous allez apprendre : la fintech suĂ©doise Klarna, spĂ©cialiste du Buy Now, Pay Later, s'apprĂȘte Ă entrer en bourse dans l'une des plus grandes IPO du secteur depuis Robinhood. Comment cette entreprise qui compte 93 millions de consommateurs actifs a-t-elle rĂ©ussi Ă redevenir "rentable" aprĂšs des annĂ©es de pertes ? Quels sont ses atouts (licence bancaire, partenariat avec Walmart, utilisation de l'IA) et ses faiblesses face aux dĂ©fis rĂ©glementaires et Ă une rentabilitĂ© encore fragile ?
Petit disclaimer avant de commencer : d'un point de vue Ă©thique, je ne suis pas un grand fan de Klarna. Je trouve que le modĂšle de paiements fractionnĂ©s est un excellent modĂšle pour les gens qui sont trĂšs disciplinĂ©s, mais pour beaucoup de consommateurs, cela peut vite devenir un outil qui pousse Ă la surconsommation et parfois Ă une forme de surendettement cachĂ©e. D'ailleurs, Klarna et DoorDash (Ă©quivalent d'Uber Eats) aux Ătats-Unis viennent d'annoncer un partenariat et je trouve ça un peu dĂ©primant⊠Ce mĂšme rĂ©sume bien la situation. đ
Ceci étant dit, Klarna fait maintenant beaucoup plus que du paiement fractionné.
Bref, vous n'avez certainement pas raté l'info : la compagnie suédoise de Buy Now, Pay Later (BNPL) Klarna va bientÎt entrer en bourse. Il s'agit d'une des plus grosses entrées en bourse depuis Robinhood dans le secteur des fintechs. Je voulais donc décortiquer aujourd'hui son S-1 (le document obligatoire fourni avant une entrée en bourse pour présenter le business aux investisseurs).
Petite présentation de Klarna

Klarna veut devenir une sorte de Google du shopping. Actuellement, le réseau Klarna compte 93 millions de consommateurs actifs et plus de 675 000 marchands dans 26 pays. L'app Klarna compte 32 millions d'utilisateurs actifs par mois.
Klarna propose donc plusieurs produits centrĂ©s autour de lâe-commerce et plus particuliĂšrement des paiements en ligne :
- Une solution de paiement en totalité ;
- Une solution de paiements fractionnĂ©s sans intĂ©rĂȘt (en quatre fois, par exemple) ;
- Une solution de financement sur des pĂ©riodes plus longues avec des intĂ©rĂȘts ;
- Un assistant IA pour vous aider dans votre shopping ;
- Des fonctionnalités pour vous faire économiser de l'argent ;
- De la pub pour ses marchands via des placements préférentiels sur son app.
Le modÚle économique
Actuellement, Klarna génÚre des revenus essentiellement grùce aux marchands, mais voici le détail :
- Commissions des marchands (57 % du revenu) : c'est le gros morceau ! Chaque fois que vous utilisez les options de paiement Klarna, c'est le marchand qui paie la note ;
- Frais consommateurs (12 % du revenu) : Klarna évite généralement de vous facturer pour ses services courants, mais se rattrape avec quelques frais de retard ou fonctionnalités premium ;
- IntĂ©rĂȘts (24 % du revenu) : sur son produit Fair Financing, Klarna touche des intĂ©rĂȘts sur les prĂȘts Ă plus long terme (mais ça reprĂ©sente seulement 5 % de leur volume d'affaires) ;
- Revenus publicitaires (6 % du revenu) : le petit nouveau qui monte. Klarna utilise vos données d'achat pour proposer de la publicité ciblée aux marchands. Un business qui a explosé de 13 millions de dollars en 2020 à 180 millions de dollars en 2024.
Environ deux tiers des revenus de Klarna viennent donc des marchands, et un tiers des consommateurs.
Les performances financiĂšres de l'entreprise

En 2024, 105 milliards de dollars de produits ont été achetés sur Klarna, soit 14 % de plus qu'en 2023 et les revenus ont atteint 2,81 milliards de dollars contre 2,276 milliards en 2023 (croissance de 24 %).

Le point positif des derniers mois, c'est que Klarna a retrouvé sa rentabilité sur une base de revenu net, et frÎle le positif sur le plan opérationnel. Petit rappel historique : la fintech était rentable pendant ses 14 premiÚres années jusqu'en 2019, avant d'investir massivement pour accélérer sa croissance.
Son gros point fort ? Sa marge transactionnelle (revenus - coûts de traitement, service, pertes de crédit et financement) qui s'est hissée jusqu'au milieu des 40 %.
Son arme secrĂšte : la licence bancaire europĂ©enne. GrĂące Ă elle, la fintech peut utiliser les dĂ©pĂŽts de ses clients (9,5 milliards de dollars en dĂ©cembre 2024) pour financer ses "prĂȘts".
Résultat ? Un coût de financement beaucoup plus bas que la concurrence, avec 94 % de ses produits financés par ces dépÎts en 2024.
Les chiffres Ă retenir :
- GMV (gross merchandise value, donc la valeur totale de tous les produits vendus via des paiements Klarna) : 105 milliards de dollars en 2024 (+14 % sur un an)Â ;
- Marge transactionnelle : 1,22 milliard de dollars (+12 %), mais baisse de 48 % à 43 % sur une année (aïe !) ;
- Base de consommateurs actifs : 93 millions (+11Â %)Â ;
- Revenu moyen par client : 30 $ (+11Â %)Â ;
- Bénéfice d'exploitation ajusté : 181 millions de dollars (une amélioration phénoménale de 466 % vs pertes de 49 millions de dollars l'année précédente).
Attention toutefois : ce bĂ©nĂ©fice "ajustĂ©" exclut des coĂ»ts comme la rĂ©munĂ©ration en actions, les restructurations et frais d'entrĂ©e en bourseâŠ
Les pertes de crĂ©dit reprĂ©sentent seulement 0,47 % de la GMV en 2024, bien en dessous des moyennes du secteur. Mais attention : ces pertes ont tout de mĂȘme grimpĂ© de 353 millions de dollars Ă 495 millions de dollars (17,6 % des revenus).
Bulls vs bears
Mais alors, faut-il investir dans Klarna quand elle sera cotée en bourse ?
đą "Tous les voyants sont au vert" disent les optimistes, et voici pourquoi :
- Croissance + rentabilitĂ© = combo gagnant : Klarna a traversĂ© la tempĂȘte 2022-2023 et en ressort plus fort en 2024 ;
- Le jackpot Walmart : ce partenariat fraĂźchement signĂ© est une mine d'or potentielle. Imaginez avoir un accĂšs privilĂ©giĂ© aux millions de clients du plus gros acteur de la grande distribution au monde (442 milliards de dollars de revenus rien qu'aux Ătats-Unis) ;
- L'atout IA : 96 % des employés utilisent l'IA au quotidien. Résultat ? Le service client automatisé gÚre 62 % des demandes et fait économiser 39 millions de dollars par an. Avec un revenu annuel par employé passé de 344 000 $ en 2022 à 821 000 $ en 2024 grùce en partie à l'IA, Klarna montre qu'il sait transformer l'IA en profits (mais beaucoup sont sceptiques par rapport à ces chiffres) ;
- La licence bancaire = super pouvoir : avec 9,5 milliards de dollars de dĂ©pĂŽts clients, Klarna finance ses prĂȘts Ă bas coĂ»t. C'est comme emprunter Ă taux zĂ©ro pendant que vos concurrents paient des intĂ©rĂȘts ;
- L'effet réseau : plus de clients attirent plus de commerçants qui attirent plus de clients⊠La présence dans 26 pays ne fait qu'amplifier cet effet boule de neige.
đŽ Mais "attention, danger !" prĂ©viennent les sceptiques :
- RentabilitĂ© encore fragile : malgrĂ© les progrĂšs, Klarna affiche toujours une perte opĂ©rationnelle de 121 millions de dollars en 2024. La marge transactionnelle a mĂȘme chutĂ© de 48 % Ă 43 % ;
- Comptabilité créative : Klarna utilise beaucoup de métriques non consensuelles qui excluent des coûts importants ;
- Risques réglementaires : les régulateurs financiers surveillent de prÚs le secteur BNPL. Une nouvelle réglementation pourrait faire l'effet d'une douche froide s'il est considéré comme un crédit classique.
Mon point de vue : Klarna est une superbe entreprise avec un trĂšs beau produit. Sa stratĂ©gie semble solide et son exĂ©cution aussi. Je suis moins fan du modĂšle BNPL comme Ă©voquĂ© au dĂ©but, mais si c'est bien fait en gardant bien en tĂȘte l'intĂ©rĂȘt des consommateurs, pourquoi pas. Dans tous les cas, si Klarna vous intĂ©resse, mieux vaut ne pas investir directement lors de l'IPO (entrĂ©e en bourse). Attendez un peu (deux ou trois trimestres, voire plus) pour s'assurer que le business va dans la bonne direction. Et en plus de cela, le prix d'une action lors d'une IPO a tendance soit Ă augmenter rapidement avant de chuter, soit Ă chuter directement. Sauf si vous pouvez acheter au prix de l'IPO (trĂšs difficile si vous n'ĂȘtes pas un gros investisseur), mieux vaut donc patienter quelques mois.
â± Temps de lecture : 4 minutes.
đ©âđ« Ce que vous allez apprendre : l'Europe augmente ses dĂ©penses militaires face aux tensions gĂ©opolitiques, ce qui pourrait paradoxalement stimuler la productivitĂ© et la croissance Ă©conomique du continent. Comment ce rĂ©armement pourrait-il transformer l'Ă©conomie europĂ©enne ? Quelles opportunitĂ©s d'investissement Ă©mergent dans ce contexte, entre les entreprises de dĂ©fense comme Thales et Rheinmetall, et les technologies Ă double usage ? Focus sur les dĂ©fis Ă surmonter et les leçons historiques des Ătats-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale.
Vous n'avez pas ratĂ© l'info, l'Europe souhaite se rĂ©armer suite Ă "l'abandon" partiel des Ătats-Unis.
Face à ces tensions géopolitiques croissantes, l'Europe s'engage dans une augmentation sans précédent de ses dépenses militaires (en tout cas, c'est ce que les politiques nous disent actuellement).
Cette volonté pourrait-elle, paradoxalement, stimuler la productivité et la croissance économique du continent ? Une analyse approfondie suggÚre que cette dynamique, bien que née de préoccupations sécuritaires, pourrait transformer l'économie européenne "pour le meilleur".
Commençons par l'effet catalyseur des dépenses militaires.
L'histoire nous enseigne que les pĂ©riodes d'urgence militaire peuvent accĂ©lĂ©rer l'innovation et la productivitĂ©. Comme le souligne Ethan Ilzetzki, Ă©conomiste Ă la London School of Economics, dans son Ă©tude "Guns and Growth", les Ătats-Unis ont connu ce phĂ©nomĂšne pendant la Seconde Guerre mondiale.
Est-ce que vous savez combien d'avions produisaient les Ătats-Unis en 1937Â ? 3100.
Et en 1944, le pays a atteint un pic de 96 000 avions produits, forçant le tissu industriel (grosses et petites entreprises) à innover rapidement face à une demande sans précédent et surtout des énormes contraintes de ressources.
Et ce processus "d'apprentissage par nécessité" pourrait justement se reproduire en Europe. Selon Ilzetzki, "une augmentation transitoire des dépenses militaires de 1 % du PIB pourrait accroßtre la productivité à long terme d'un quart de pour cent." Cette hypothÚse repose sur deux mécanismes : d'un cÎté, la recherche militaire génÚre des innovations aux applications civiles ; de l'autre, l'intensification de la production de défense entraßne un "apprentissage par la pratique" qui améliore les méthodes de production dans l'ensemble de l'économie.
Mais pour que ces bĂ©nĂ©fices se matĂ©rialisent, l'Europe doit surmonter plusieurs obstacles. Le premier dĂ©fi est son Ă©norme dĂ©pendance aux importations : actuellement, environ 80 % du matĂ©riel militaire europĂ©en provient de l'extĂ©rieur de l'Union europĂ©enne, principalement des Ătats-Unis (wow !). La rĂ©cente hausse des actions des entreprises de dĂ©fense europĂ©ennes (Ă©voquĂ©e par Mathieu ici dans Snowball Bourse d'ailleurs) suggĂšre que les marchĂ©s anticipent une relocalisation de ces achats, bien que ce process puisse prendre du temps (et il ne faut pas toujours croire les marchĂ©s et les politiques).
Ilzetzki identifie d'autres impératifs pour maximiser les retombées économiques :
- Ălargir les marchĂ©s publics aux petites entreprises. En effet, suite Ă l'annonce du fonds de 450 millions d'euros avec Bpifrance pour financer des PME dans le secteur de l'armement, le gouvernement français semble vouloir aller dans cette direction. Par ici pour en savoir plus ;
- Adopter une stratégie de double sourcing adaptée au contexte européen, en s'approvisionnant auprÚs d'au moins deux pays membres ;
- Reconsidérer les restrictions allemandes sur la participation universitaire à la recherche militaire.
Mais comme toujours en Ă©conomie, il faut prendre en compte le coĂ»t d'opportunitĂ©. Effectivement, l'arbitrage entre dĂ©penses militaires et d'autres prioritĂ©s reste une question importante. Certains dĂ©fenseurs du climat craignent que la montĂ©e en puissance militaire ne se fasse au dĂ©triment des investissements dans les Ă©nergies propres, par exemple. Des recherches suggĂšrent Ă©galement que l'effort de guerre amĂ©ricain pendant la Seconde Guerre mondiale a finalement nui Ă la productivitĂ© du pays, car il a dĂ©tournĂ© des ressources qui auraient pu ĂȘtre consacrĂ©es aux infrastructures civiles.
Mais good news, l'UE semble consciente de ces enjeux : un livre blanc de 2024 souligne l'importance de la R&D à double usage, militaire et civil pour maximiser les retombées positives tout en répondant aux impératifs de sécurité.
Mais alors, quel impact pour votre portefeuille ? La nouvelle dynamique de dĂ©fense europĂ©enne pourrait ouvrir plusieurs opportunitĂ©s d'investissement, mĂȘme si le secteur de la dĂ©fense en direct est peut-ĂȘtre une mode passagĂšre, comme l'indique Mathieu ici. Mais ça se discute tout de mĂȘme je pense. Quelques pistes : đ Entreprises de dĂ©fense europĂ©ennes : les acteurs comme Thales, Rheinmetall, Leonardo ou Saab devraient bĂ©nĂ©ficier directement de l'augmentation des budgets militaires. La volontĂ© de relocaliser les achats renforce leur position Ă long terme. Mais attention, ces entreprises pourraient avoir du mal Ă faire face Ă la demande et donc perdre des contrats au profit d'acteurs non europĂ©ens (Saab a chutĂ© en bourse pour cette raison, d'ailleurs). Autre point d'attention, ces actions ont dĂ©jĂ atteint des niveaux trĂšs Ă©levĂ©s. đ ChaĂźnes d'approvisionnement : les fournisseurs spĂ©cialisĂ©s dans les composants critiques pour l'industrie de dĂ©fense pourraient connaĂźtre une demande accrue (il y en aura certainement beaucoup dans le fonds de la BPI Ă©voquĂ© plus haut). đ Technologies Ă double usage : les entreprises qui dĂ©veloppent des technologies applicables tant au secteur militaire que civil (cybersĂ©curitĂ©, intelligence artificielle, matĂ©riaux avancĂ©s) sont Ă©galement des opportunitĂ©s et qui sont moins risquĂ©es que la dĂ©fense, car moins "de niche". Mais PRUDENCE : les cycles d'approvisionnement militaire sont longs, et la traduction des intentions politiques en contrats concrets peut prendre du temps et souvent ne jamais arriver. Et Ă plus long terme, si les effets d'entraĂźnement sur la productivitĂ© se matĂ©rialisent comme le suggĂšre Ilzetzki, c'est l'ensemble des marchĂ©s europĂ©ens qui pourrait en bĂ©nĂ©ficier, donc avoir de l'ETF STOXX Europe 600 pourrait ĂȘtre intĂ©ressant.
â± Temps de lecture : 4 minutes.
đ©âđ« Ce que vous allez apprendre : Perplexity AI, fondĂ©e par un ancien stagiaire de Google, pourrait devenir le concurrent qui bouleversera le marchĂ© de la recherche sur Internet comme l'iPhone l'a fait avec BlackBerry. ValorisĂ©e Ă 18 milliards de dollars, cette startup propose un moteur de recherche alimentĂ© par l'IA qui rĂ©pond directement aux questions avec des sources citĂ©es. Quelles sont ses stratĂ©gies pour concurrencer Google ? Une fusion avec TikTok pourrait-elle changer la donne ? DĂ©couvrez comment cette jeune entreprise pourrait transformer notre façon de rechercher des informations en ligne.
Récemment, Antoine, un membre de la communauté Snowball nous a partagé ces infos sur notre Discord (par ici pour vous inscrire d'ailleurs) :

Ou encore :
En effet, Google est aujourd'hui encore largement le leader de son secteur. C'est limpide. Mais suite au message d'Antoine, j'ai partagé ce graphique que je trouve fascinant :
L'iPhone est sorti en 2007, et pendant que ce dernier faisait son petit bout de chemin pour complÚtement bouleverser le marché des smartphones, les ventes de BlackBerry ont rapidement augmenté pour atteindre un pic en 2011. La suite, vous la connaissez. L'iPhone (et les copycats qui ont suivi) a complÚtement détruit BlackBerry.
Est-ce que nous ne serions pas dans une situation similaire aujourd'hui ? Une technologie capable de bouleverser le marché de la recherche sur Internet fait son apparition, mais l'acteur historique leader du marché continue de croßtre rapidement avant de chuter violemment ? Est-ce que l'Apple de Google ne serait pas Perplexity ? Bloomberg a récemment interviewé Aravind Srinivas, PDG et co-fondateur de Perplexity et j'avais envie de creuser un peu tout ça.
Qui aurait cru qu'un ancien stagiaire de Google déclarerait un jour la guerre à son ancien employeur ? C'est pourtant ce qui se passe avec Aravind Srinivas, ex-stagiaire chez DeepMind (le labo IA de Google) co-fondateur et PDG de Perplexity AI, une sorte de Google alimenté à l'IA qui pourrait faire trembler le moteur de recherche le plus utilisé au monde. Quelques chiffres sur Perplexity qui donnent le tournis :
- Fondée en 2022 (oui, c'est tout récent !) ;
- Levée de fonds : plus de 900 millions de dollars ;
- Valorisation (en discussion) : 18 milliards de dollars.
Qu'est-ce qui rend Perplexity différent de Google ?
Imaginez un moteur de recherche qui, au lieu de vous renvoyer une liste de liens, répond directement à vos questions avec des informations en temps réel ET des citations pour justifier ses réponses.
Mais Perplexity veut aller plus loinâŠ
Le coup de poker : fusionner avec TikTok.
Ce move pourrait faire rĂ©ellement transpirer Google : Perplexity a fait une offre pour fusionner avec TikTok US avant la date limite du 5 avril. Mais pourquoi ? Search, search, searchâŠ
- En effet, la barre de recherche TikTok représente déjà 30 % du trafic de recherche Google ;
- TikTok est particuliĂšrement puissant sur mobile (d'oĂč viennent 60-70Â % des revenus publicitaires de Google)Â ;
- Une fusion donnerait instantanément à Perplexity une visibilité massive.
L'autre stratégie : l'offensive entreprise.
Perplexity cible les entreprises avec :
- Un outil permettant de rechercher dans les fichiers d'entreprise ;
- Des fonctionnalités pour consulter les cours des actions et les données financiÚres (une sorte de Bloomberg Terminal moins puissant pour l'instant, mais beaucoup mieux foutu) ;
- Un partenariat avec SoftBank pour commercialiser leurs produits auprĂšs d'entreprises.
Pourquoi cette stratĂ©gie ? Microsoft et d'autres entreprises ont commencĂ© Ă bloquer Perplexity au bureau. Et comme le dit Srinivas : "Quand vous ĂȘtes petit, vous voulez que les requĂȘtes proviennent des personnes au revenu par habitant le plus Ă©levĂ©."
L'avenir selon Perplexity ?
Srinivas imagine un monde oĂč Perplexity deviendrait le hub central d'outils IA sophistiquĂ©s et bon marchĂ© qui peuvent :
- Faire vos achats à votre place ;
- Réserver vos hÎtels ;
- Fournir des données précieuses ;
- Agir comme un "assistant personnel" pour tous les utilisateurs.
Des agents IA, quoi.
Ce qui fait la diffĂ©rence selon eux ? Des sources citĂ©es (contrairement Ă la plupart des outils IA, mais ça change rapidement), un processus de rĂ©flexion transparent oĂč l'IA "pense Ă voix haute" (pareil, les autres se mettent Ă niveau), des prix plus abordables grĂące Ă l'open source, la promesse d'une prĂ©sentation optimale de l'information, "pas juste un mur de texte."
Mon point de vue : Google a-t-il du souci Ă se faire ? Faut-il arrĂȘter d'investir dans Alphabet ? Peut-ĂȘtre pas lĂ maintenant, mais Perplexity reprĂ©sente une approche radicalement diffĂ©rente de la recherche d'information, soutenue par des investissements massifs et une ambition dĂ©bordante. Si l'offre TikTok aboutit (ce qui reste un ĂNORME "si"), cela pourrait rĂ©ellement changer la donne. Sinon, nous assistons tout de mĂȘme Ă l'Ă©mergence d'un concurrent sĂ©rieux dans un domaine oĂč Google rĂšgne en maĂźtre depuis plus de deux dĂ©cennies. Selon moi, l'Ă©mergence de Perplexity pourrait avoir l'effet contraire sur Google : pousser l'entreprise Ă innover encore plus rapidement et Ă arrĂȘter de trop se reposer sur ses lauriers. D'ailleurs, on peut voir que l'intĂ©gration de l'IA dans le moteur de recherche de Google a boostĂ© son utilisation. Si on reprend l'exemple du secteur des smartphones, si Perplexity est Apple, peut-ĂȘtre que Google ne sera pas BlackBerry, mais plutĂŽt un Samsung : une entreprise qui saura intĂ©grer les nouvelles technologies et garder une longueur d'avance sur le mass market. Perplexity sera peut-ĂȘtre leader sur un autre segment plus high-level comme les tech-savvy, les geeks, les professionnels du web, etc. Alphabet reste toujours selon moi une entreprise incroyable qui continue d'innover rapidement. Pas de raison de s'inquiĂ©ter pour l'instant.
C'est tout pour aujourd'hui, si vous avez des questions ou des remarques, n'hésitez pas à répondre à ce mail.
đ Et n'hĂ©sitez pas Ă le partager avec vos proches pour leur faire dĂ©couvrir Snowball+.
Passez une excellente soirée ou un bon début de semaine.
Yoann â€ïž