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🧊 La clim, une invention aussi importante que la roue ou l'électricité ?

Comment la clim a permis de booster la croissance mondiale ?

Le 30/06/2026

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Ce que vous allez apprendre dans cet article

Hey Snowballers ! J'espère que vous allez bien. Au programme aujourd'hui : 🧊 Pourquoi la climatisation est une infrastructure économique – au même titre que l'électricité – et pas juste un confort. 🥵 Comment la chaleur agit comme un impôt invisible sur la productivité, et combien il coûte vraiment. 🌍 Pourquoi cette machine qui nous sauve réchauffe aussi la planète et ce que ça change (ou pas) pour la France. 🛋️ Et si votre épargne était adossée à un actif physique, tangible et productif : un parc de mobilier professionnel haut de gamme loué à des entreprises, avec un rendement de 7 % à 8,5 % brut par an ? C'est ce que propose Enky, et en bonus : avec le lien ci-dessous, vous recevez 100 € de crédit dès 500 € investis, et jusqu'à 300 € au-delà de 5000 €.

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⏱️ Temps de lecture : 18 minutes

Installer une clim ou ne pas installer une clim ? Telle est la question.

Et la semaine dernière, je pense que vous êtes nombreuses et nombreux à vous être posé la question (moi y compris).

Aujourd'hui, alors que l'Europe se comporte un peu comme ça avec la climatisation…

… j'ai voulu creuser un peu plus le sujet "climatisation" d'un point de vue économique pour voir ce qui se cache derrière tout ça. Comme d'habitude, impossible d'être exhaustif au sein d'une newsletter, mais l'idée est toujours la même : vous aider à réfléchir en tentant d'intégrer des notions auxquelles vous n'auriez pas forcément pensé en temps normal.

On s'éloigne un peu des finances personnelles aujourd'hui, mais on reste dans la grande catégorie "économie" qui est nécessaire pour mieux comprendre/gérer vos finances persos.

🏝️ Ah, et on a participé à la conception du cahier de vacances proposé par Mon Petit Placement.

🎁 Avant de se plonger dans le vif du sujet, voici ce que vous avez raté dimanche si vous n'êtes pas (encore) abonnés à la version prémium de Snowball (on vous offre deux semaines si vous voulez tester) :

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Vous l'avez très certainement vu passer dans les actus, mais la France, en cinq jours de canicule, a enregistré environ 1000 décès de plus que la normale. Et pendant que les rayons de climatiseurs se vidaient, Elon Musk relançait un vieux débat : et si la clim était l'une des inventions les plus importantes de l'Histoire ?

Juin 2026 restera dans les mémoires (mais peut-être pas très longtemps si les records continuent de tomber). En effet, les 24 et 25 juin ont été les journées les plus chaudes jamais mesurées en France, avec pour la première fois une moyenne nationale au-dessus de 30 °C sur 24 heures. Météo-France parle d'une sévérité supérieure à 2003, l'été qui avait tué près de 15 000 personnes dans le pays.

Réflexe logique : on se rue sur la clim. Sur un an à fin avril 2026, le marché des climatiseurs mobiles a bondi de 94 % pour atteindre les 390 000 unités vendues. Logique, quand on sait qu'à peine un quart des foyers français sont équipés, contre plus de 90 % aux États-Unis ou au Japon.

En quoi ça vous concerne : la climatisation, c'est un peu le signe d'un malaise très européen : gadget américain énergivore ou technologie vitale qu'on refuse par principe ? Mais en fait, derrière la basique question de confort se cache une question économique beaucoup plus large. Certaines inventions permettent de déplacer la richesse, mais aussi de redessiner des villes entières et changent les rapports de force entre nations : la roue. L'électricité. Le conteneur maritime. Et spoiler alert, la clim appartient peut-être aussi à cette famille. On a beaucoup trop tendance à mesurer le progrès aux inventions spectaculaires genre les fusées de Musk qui sont réutilisables ou l'iPhone, mais les vraies ruptures sont souvent silencieuses... C'est donc ce qu'on va creuser aujourd'hui.

🎯 L'essentiel : la climatisation est une véritable infrastructure qui a permis de décider où les humains pouvaient se concentrer pour produire de la richesse.

Petit fun fact historique : la clim moderne (je ne parle pas de la première technique visant à refroidir une pièce, car ça, c'est bien, bien plus vieux) n'a pas été inventée pour le confort. En 1902, l'ingénieur Willis Carrier cherche juste à régler un problème d'humidité dans une imprimerie de Brooklyn, où le papier gondolait entre deux passages couleur. En stabilisant l'humidité à 55 %, il invente sans le savoir une machine qui va transformer l'intégralité du XXᵉ siècle.

Cela dit, pour un usage de confort, la clim n'arrivera qu'après, dans les cinémas des années 1920.

👩‍🏫 Comment ça marche ?

Les économistes parlent de technologie à usage général, donc une innovation qui ne résout pas un problème unique, mais qui en débloque des centaines, voire des milliers.

Deux exemples que vous connaissez toutes et tous : l'électricité et internet.

Mais la clim aussi. Sans elle, pas de centres de données pour faire tourner le web, pas d'usines de puces électroniques (la poussière et l'humidité ruinent le silicium), pas de tours de verre (vous cuiriez aux étages supérieurs), pas d'usine dans le sud-est de la France. On ne s'en rend pas vraiment compte, mais elle est dans les fondations de l'économie moderne.

Et le meilleur cas d'école s'appelle Singapour.

Son fondateur (enfin, Premier ministre), Lee Kuan Yew, désignait la climatisation comme l'invention qui a rendu le développement possible sous les tropiques. Premier geste en devenant Premier ministre : climatiser les bureaux de la fonction publique pour que les gens puissent travailler en dehors des premières heures de la journée. Une cité-État sans ressources est devenue l'un des pays les plus riches du monde. Voici ce qu'il nous dit : "La climatisation a été pour nous une invention capitale, peut-être l’une des inventions les plus marquantes de l’Histoire. Elle a transformé la nature même de la civilisation en rendant possible le développement dans les régions tropicales. Sans climatisation, on ne peut travailler que pendant les heures fraîches du petit matin ou au crépuscule. La première chose que j’ai faite en devenant Premier ministre a été d’installer des climatiseurs dans les bâtiments où travaillent les fonctionnaires. Cela a été déterminant pour l’efficacité des services publics."

Même histoire aux États-Unis : la clim a permis l'essor de la Sun Belt, ce croissant chaud allant de la Floride à la Californie. La population qui y vit est passée de 28 % à 40 % des Américains en quelques décennies. Phoenix, simple halte routière de 100 000 habitants en 1950, en compte aujourd'hui 1,5 million.

Dubaï, Houston, Singapour : des villes entières n'existeraient pas, en l'état, sans cette boîte qui souffle de l'air froid. Sans elle, Atlanta n'aurait sans doute jamais accueilli l'aéroport le plus fréquenté du monde, ni Bangalore ses tours d'ingénieurs. Et in fine, ce développement a également permis à des dizaines de millions de personnes de sortir de l'extrême pauvreté.

👩‍🏫 C'est ici qu'intervient un concept clé : les économies d'agglomération. En gros, plus les gens et les entreprises se concentrent au même endroit, plus ils sont productifs : ils échangent des idées, partagent des infrastructures, trouvent les bons talents. La clim a rendu cette concentration possible dans des régions jusque-là invivables. Un auteur a même avancé que la clim a contribué à élire Reagan, en gonflant le poids démographique du Sud conservateur... Mieux : la clim est aussi un cas d'école de demande induite. Une fois qu'une ville se construit autour d'elle (bureaux scellés, tours de verre, voitures climatisées reliant des maisons climatisées), il devient impossible de s'en passer. L'offre crée sa propre demande.

On sait comment la clim peut sortir des régions de la pauvreté, mais regardons aussi en quoi la chaleur peut justement plomber certaines parties du monde.

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🎯 L'essentiel : la chaleur, c'est un peu un impôt que personne n'a vraiment voté (quoique... avec le dérèglement climatique, on pourrait aussi argumenter le contraire). Il ne se paie pas en euros, mais en heures de travail perdues, en erreurs, en hospitalisations et, parfois, en vies. Et c'est un impôt régressif contrairement à ce que dit Yann Barthès : il frappe d'abord les plus pauvres, les plus âgés et les moins bien logés qui n'ont ni clim ni isolation pour s'en protéger...

Commençons par la base : la productivité du travail, c'est tout simplement la valeur produite par heure travaillée. C'est l'indicateur qui, sur le long terme, détermine si un pays s'enrichit ou stagne. Or, notre cerveau et notre corps ont une zone de confort étroite. La semaine dernière, en pleine canicule avec 33 °C dans mon appart, ben j'étais clairement pas au top du top de ma productivité. En effet, au-delà d'une certaine température, tout se grippe : on se concentre moins, on fait plus d'erreurs, on ralentit.

Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Une étude ancienne avait mesuré que des dactylos aux États-Unis tapaient 24 % de texte en plus une fois leur bureau climatisé. Au-dessus de 21 °C ou 22 °C dans une salle d'examen, les élèves chutent en maths. Ça me fait penser à cette actu récente : 😅

Et l'économiste William Nordhaus a montré que plus la température moyenne d'une zone est élevée, moins ses habitants sont productifs. Le pic de performance se situe autour de 18 °C à 22 °C.

Logique. Comme nous la semaine dernière, quand il fait trop chaud, ben on travaille moins d'heures, on multiplie les pauses, on s'absente davantage, on fait des siestes, assommés par la chaleur. Sur un chantier, parfois, la production s'arrête tout court. Dans un atelier, les accidents augmentent. Dans un bureau non climatisé, la concentration s'effondre. Multipliez ça par des millions de travailleurs et des dizaines de jours par an, et la perte macroéconomique devient gigantesque.

En France et en Europe, des hôpitaux sans clim laissent leur personnel soigner dans la fournaise et leurs patients fragiles encaisser ces épisodes de canicule. Le truc, c'est que le coût ne se voit nulle part sur une facture, mais il est bien réel.

  • La chaleur extrême coûte déjà environ 100 milliards de dollars par an à l'économie américaine en productivité perdue, un chiffre projeté à 500 milliards en 2050.
  • Selon Moody's, le stress thermique pourrait amputer le PIB mondial de 17,6 % d'ici 2100 dans le pire scénario.
  • En France, l'été 2025 a fait plus de 5700 morts liés à la chaleur. À l'échelle de l'Europe, l'été 2025 a causé environ 24 000 décès dans 854 villes, dont près de 68 % attribuables au réchauffement climatique.

Et la clim, dans tout ça ? Aux États-Unis, le risque de mourir lors d'une journée très chaude a chuté de 75 % au XXᵉ siècle. Les chercheurs sont unanimes : la diffusion de la clim dans les maisons explique l'essentiel de ce recul, soit environ 20 000 vies sauvées chaque année. La chaleur tue surtout des gens isolés, âgés, dans des logements mal isolés.

En quoi ça vous concerne : dans une économie de la connaissance, où l'on travaille de plus en plus à distance, maîtriser la température de son bureau ou de son salon devient un véritable outil de productivité. Le coût d'un climatiseur paraît peut-être élevé, mais le truc, c'est que le coût de journées entières à rendement divisé par 2 l'est laaaaaargement plus.

🎯 L'essentiel : la clim est à la fois une adaptation et une aggravation. C'est la façon dont on produit l'électricité (en grande partie, car il y a d'autres facteurs) qui décide laquelle l'emporte.

Bien évidemment, impossible de faire l'éloge de la clim sans parler des problèmes associés.

👩‍🏫 Premier concept économique à surveiller : l'externalité négative. C'est un coût que vous imposez aux autres sans le payer vous-même. Votre clim refroidit votre pièce, mais rejette de l'air chaud dans la rue. Par exemple, à Phoenix, aux États-Unis, ces rejets ont augmenté la température nocturne de la ville de 2 °C. Résultat : il fait plus chaud dehors, donc chacun pousse sa clim, donc il fait encore plus chaud dehors, etc. C'est une boucle de rétroaction en mode cercle très vicieux.

👩‍🏫 Deuxième concept à surveiller : l'effet rebond, ou paradoxe de Jevons. L'intuition dit qu'une clim plus efficace consomme moins. En réalité, comme elle coûte moins cher à faire tourner, bah on l'utilise plus, plus longtemps, et plus fort. Les gains d'efficacité sont en partie contrebalancés par la hausse des usages.

📊 En chiffres

  • La clim et les ventilateurs représentent déjà environ 10 % de l'électricité consommée dans le monde. Le parc mondial doit passer de 1,6 milliard d'appareils en 2016 à 5,6 milliards en 2050, soit dix clims vendues chaque seconde pendant trente ans.
  • La climatisation consomme désormais plus d'électricité que les centres de données : 600 térawattheures contre 400 en 2024.
  • En France, la consommation liée à la clim pourrait tripler d'ici 2050, soit 13 térawattheures de plus, l'équivalent d'un réacteur nucléaire. Sur la facture, EDF estime le surcoût à environ 15 % par mois l'été.

Autre chiffre frappant : environ 3,5 milliards de personnes vivent dans des régions très chaudes, et seules 15 % d'entre elles possèdent une clim. La part des logements climatisés dans le monde doit passer de 36 % en 2022 à 60 % en 2050. La vraie bombe énergétique n'est pas en France, mais plutôt en Inde, ou encore en Indonésie, où des centaines de millions de foyers vont s'équiper en même temps que leurs revenus grimpent. OK, c'est une excellente nouvelle pour leur santé et leur productivité, mais un peu moins bonne pour le climat, tant que leur électricité reste sale.

⚠️ Les risques : le vrai danger, c'est pas la clim en soi, mais ce qu'elle nous fait souvent oublier. Une clim qui marche bien, c'est l'excuse parfaite pour ne pas bien isoler son logement, pour ne pas poser de volets, ou encore pour ne pas planter d'arbres au niveau d'une ville. C'est le grand classique "on répare le symptôme et on aggrave la maladie". Sans compter les gaz réfrigérants, puissants gaz à effet de serre quand ils fuient, et la pression sur le réseau électrique (pas trop problématique si l'électricité est verte, un peu plus si elle provient d'énergies fossiles...).

Après avoir lu pas mal de choses sur la clim ces derniers jours, le discours qui oppose le confort au climat me semble assez peu nuancé. Il faut bien creuser pour faire une véritable analyse coûts/bénéfices.

En France, refuser la clim dans les hôpitaux ou dans les logements les plus vétustes d'un point de vue énergétique ne va pas sauver la planète. La France pèse moins de 1 % des émissions mondiales de CO₂. Priver les personnes âgées de fraîcheur n'a aucun effet mesurable sur le réchauffement, mais un effet très mesurable sur la mortalité. La question, ici, est vite répondue.

La vraie solution ne semble pas être l'abstinence, mais surtout l'intensité carbone de l'électricité et l'aménagement de nos villes/l'amélioration de nos architectures pour mieux résister à la chaleur. Côté intensité carbone, là, la France a une carte que personne d'autre n'a en Europe : un réseau déjà largement décarboné grâce au nucléaire et au solaire qui carburent très fort depuis quelques années.

Une clim alimentée par de l'électricité bas carbone n'a quasiment rien à voir, en impact, avec une clim branchée sur une centrale à charbon allemande ou polonaise.

De plus, rajouter du vert dans nos villes et prévoir des logements avec de l'air qui circule mieux pourrait permettre de réduire la consommation de climatisations électriques.

Le bon choix, ce n'est donc pas "la clim ou rien", c'est plutôt une sorte d'empilement avec une suite logique au niveau macroéconomique :

  • le passif d'abord (isolation, volets, végétalisation, c'est moins cher et permanent) ;
  • la clim électrique ou la pompe à chaleur réversible et sobre ensuite ;
  • le tout sur un réseau propre.

L'adaptation et la lutte contre le réchauffement ne sont pas du tout ennemies. On peut faire les deux et on doit même faire les deux si on souhaite rester compétitif au niveau mondial.

Voilà, c'est tout pour aujourd'hui, j'espère que cette édition vous sera utile.

Et comme toujours, si vous avez des remarques ou autres, n'hésitez pas à répondre à cet email. Je lis et réponds à 100 % de vos messages (même si parfois je suis un peu long).

Excellente soirée à toutes et à tous !

Yoann ❤️