Learn - Gratuit, tous les mardis

🙏 Le pape a un "portefeuille boursier". Devinez ce qu'il y a dedans.

Quand la Bible, le Coran et la Torah s'invitent en salle des marchés

Le 07/04/2026, 

par 

 ❀

đŸ‘©â€đŸ«

Ce que vous allez apprendre dans cet article

🏩 Pourquoi l'indice du pape inclut Meta, Tesla et Amazon et ce que ça rĂ©vĂšle sur les limites structurelles de tout investissement confessionnel sur les marchĂ©s cotĂ©s. 🌍 La finance confessionnelle pĂšse plus de 5500 milliards de dollars et elle existait bien avant les labels ESG, portĂ©e par des traditions islamique, juive, bouddhiste et Ă©vangĂ©lique aux logiques trĂšs diffĂ©rentes. ⚖ Le paradoxe que partagent tous les grands indices religieux : de Wall Street au golfe Persique, l'exclusion nĂ©gative produit souvent les mĂȘmes portefeuilles, pour des raisons identiques. đŸ€” La diffĂ©rence concrĂšte entre exclure, s'engager et investir Ă  impact : trois postures qui n'ont pas les mĂȘmes produits, les mĂȘmes rendements, ni les mĂȘmes compromis. 💾 Ce que coĂ»te vraiment d'investir selon sa foi : donnĂ©es de performance et pourquoi la vraie contrainte n'est pas le rendement, mais la disponibilitĂ© des produits en France.

đŸ‘©â€đŸ«Â Learn : 4 fois par mois, nous creusons un sujet des finances personnelles pour vous aider Ă  mieux le comprendre.

Cette newsletter est gratuite pour tous (toutes) les abonné(e)s.

⏱ Temps de lecture : 18 minutes

Hey Snowballers,

J'espÚre que vous avez passé un bon long week-end de Pùques.

Je ne sais pas si vous avez vu, mais le Vatican a rĂ©cemment lancĂ© deux indices boursiers fondĂ©s sur les principes de l'Église catholique. Je ne suis ni croyant, ni pratiquant, mais je me suis dit, suite Ă  cette ancienne Ă©dition sur les finances du Vatican, qu'il serait intĂ©ressant de creuser le sujet "finance x religion".

Et pour cela, j'ai fait appel à Stéphane Chotard, un conseiller en gestion de patrimoine avec qui nous avons déjà travaillé lors du lancement d'un ancien produit Snowball. Stéphane est un vrai passionné de finances personnelles et notamment du sujet de l'impact dans la finance.

📆 ÉVÉNEMENT SNOWBALL : vous voulez investir dans des PME françaises simplement ? On organise un SnowTalk avec Lise, la premiĂšre bourse europĂ©enne dĂ©diĂ©e aux investissements dans les PME. C'est le lundi 13 avril Ă  19 h (il y aura un replay). Par ici pour s'inscrire et dĂ©couvrir les coulisses de la construction de cette nouvelle bourse et pourquoi investir dans des PME peut ĂȘtre une bonne idĂ©e pour les investisseuses et investisseurs.

Ah, et autre actu Snowball :

đŸ™‹â€â™€ïžđŸ™‹â€â™‚ïž [RECRUTEMENT SNOWBALL] On cherche un(e) Lead Frontend senior pour nous aider Ă  bĂątir le futur de Snowball. Full remote, CDI, BSPCE et des gens cool avec qui bosser. La fiche de poste est ici. N'hĂ©sitez Ă  partager autour de vous.

Avant de se lancer dans le vif du sujet, place à notre partenaire du jour qui vous permet d'investir simplement dans des quotas d'émissions de l'Union européenne (avec en bonus un joli avantage pour la communauté Snowball).

Je laisserai ensuite le micro à Stéphane.

Yoann ❀

[STÉPHANE] Hey Snowballers,

Saviez-vous que deux des trois grandes religions abrahamiques viennent de traverser simultanĂ©ment une pĂ©riode de retour aux valeurs essentielles, dont le rapport Ă  l'argent ? Eh oui, le vendredi 20 mars dernier, les musulmans ont cĂ©lĂ©brĂ© l'AĂŻd el-Fitr, marquant la fin du ramadan. Le carĂȘme catholique s'est terminĂ©, lui, le jeudi 2 avril dernier.

C'est prĂ©cisĂ©ment dans ce contexte que la banque du Vatican a lancĂ©, il y a quelques semaines, deux indices boursiers fondĂ©s sur les principes de l'Église catholique.

Yoann se demandait en mai 2025 ce que le nouveau pape allait faire des finances du Vatican. La rĂ©ponse est arrivĂ©e vite : dĂšs octobre, LĂ©on XIV signait son premier acte financier, le motu proprio Coniuncta cura, mettant fin au monopole de la banque du Vatican sur la gestion des actifs du Saint-SiĂšge. Puis en fĂ©vrier 2026, les indices boursiers sont annoncĂ©s, en partenariat avec Morningstar. Premier pape d'origine amĂ©ricaine, avec une forte attache pĂ©ruvienne, LĂ©on XIV a fait de la transparence financiĂšre son cheval de bataille. L'IOR (Institut pour les Ɠuvres de religion), la banque du Vatican, a Ă©tĂ© longtemps critiquĂ© pour son opacitĂ©. Il ambitionne maintenant de devenir une rĂ©fĂ©rence mondiale pour les investisseurs catholiques.

Je travaille depuis plusieurs annĂ©es sur le lien entre l’éthique et l’argent, en tant que CGP. Ce qui me frappe dans cette annonce, ce n'est pas l'aspect institutionnel. C'est qu'elle pose enfin, Ă  l'Ă©chelle des marchĂ©s, une question que beaucoup de croyants ou non se posent en silence : peut-on vraiment investir en accord avec ses convictions spirituelles ? Et si oui, Ă  quel prix : financier, moral, pratique ?

Le 10 février 2026, la banque du Vatican a décidé de s'associer à Morningstar pour lancer deux indices boursiers catholiques. L'annonce fait le tour de la presse financiÚre mondiale. DerriÚre le symbole, deux acteurs aux légitimités trÚs différentes.

L'IOR (Institut pour les Ɠuvres de religion) : c'est la banque du Vatican. Elle gĂšre environ 5,7 milliards d'euros d'actifs pour des diocĂšses, ordres religieux et diplomates du Saint-SiĂšge. Comme mentionnĂ© en intro, si vous voulez en savoir plus sur ses finances internes, Yoann en a fait un portrait complet ici.

Morningstar, entreprise fondée en 1984 à Chicago : c'est un peu le Guide Michelin de l'investissement. Ses notations en étoiles sont utilisées par des millions d'investisseurs. Moins connue, son activité Indexes crée des indices sur mesure pour des clients institutionnels. C'est cette branche qui a travaillé avec l'IOR.

Les indices reposent sur un double filtre. Des exclusions nettes d'abord : avortement, armement, pornographie, tabac, jeux d'argent, certaines Ă©nergies fossiles. Puis des critĂšres positifs issus de la DSE (doctrine sociale de l'Église) : dignitĂ© humaine, bien commun, environnement. Le rĂ©sultat : 50 valeurs par indice. CĂŽtĂ© amĂ©ricain, on retrouve des entreprises comme Meta, Nvidia, Apple, Amazon, Tesla, JPMorgan. CĂŽtĂ© europĂ©en : ASML, Deutsche Telekom, SAP, HermĂšs, UniCredit.

L'IOR n'a jamais justifié publiquement la présence de Meta. Il n'en a pas besoin : Meta ne figure dans aucune des catégories exclues. C'est la logique de l'exclusion négative : ce qui n'est pas interdit est permis. Mais Meta est aussi la plateforme réguliÚrement mise en cause pour ses effets sur la santé mentale des adolescents et la diffusion de désinformation. Rien de tout cela n'entre dans les critÚres d'exclusion catholiques. Ce n'est pas forcément un bug, mais plutÎt une limite structurelle.

Éric Didio, fondateur de Credo Funding, plateforme de financement participatif Ă  destination des projets confessionnels, nous dit justement que pour lui, l'exercice est structurellement difficile sur les marchĂ©s cotĂ©s : il n'existe pas d'entreprise "directement chrĂ©tienne" en bourse, pas d'Ă©cole, pas d'abbaye cotĂ©e.

Ce qu'on construit au mieux, c'est un arbitrage imparfait entre diversification, couple rendement/risque et critÚres éthiques. Il juge les exclusions retenues (avortement, pornographie, tabac, armement) plutÎt simples à appliquer, mais estime que la composition réelle de l'indice, incluant Apple, Amazon, Tesla, JPMorgan et Meta, rend l'étiquette "catholique" périlleuse et difficilement défendable.

Selon lui, il faudrait abandonner le mot "catholique" pour parler plutĂŽt d'investissement "Ă©thique" ou orientĂ© "bien commun", plus honnĂȘte, moins exposĂ©. Il reconnaĂźt l'utilitĂ© de Mensuram Bonam (document officiel du Vatican publiĂ© en 2022) pour penser ces arbitrages, mais conteste l'extension marketing vers un "indice catholique" composĂ© de grands titres amĂ©ricains.

Toujours selon Éric, un fonds non cotĂ© finançant directement des projets Ă  vocation chrĂ©tienne explicite (Ă©coles, abbayes, films) peut ĂȘtre rĂ©ellement confessionnel. Sur le cotĂ©, c'est une autre histoire...

📝 À noter : l'ETF amĂ©ricain CATH (S&P 500 Catholic Values, 2016, plus d'un milliard de dollars) applique lui aussi des critĂšres catholiques, mais avec une liste d'exclusions diffĂ©rentes (cannabis, travail des enfants en plus). Ces deux visions nous montrent qu'il n'existe finalement pas une finance catholique, mais plutĂŽt des interprĂ©tations catholiques de la finance


La finance confessionnelle n'a pas été inventée par les cabinets de conseil et autres institutions financiÚres.

Au XVIIIe siĂšcle, les quakers amĂ©ricains refusaient dĂ©jĂ  d'investir dans l'esclavage et l'armement. Ce sont des croyants qui ont posĂ© la premiĂšre question Ă©thique de l'investissement : avec quoi suis-je prĂȘt Ă  gagner de l'argent ?

La finance islamique est le segment le plus développé : 5500 milliards de dollars en 2025, projetés à 7500 milliards en 2028.

Ses principes sont stricts : pas de riba (intĂ©rĂȘt), pas de gharar (incertitude excessive) et exclusion des secteurs dits haram (interdits par la loi islamique, comme l'alcool, les jeux d'argent, le tabac ou l'armement).

Cela transforme radicalement la construction d'un portefeuille : les obligations classiques (qui versent donc des intĂ©rĂȘts) et les banques conventionnelles sont exclues.

On remarque ici aussi un paradoxe intĂ©ressant : les grands indices islamiques mondiaux incluent Nvidia, Apple, Microsoft, Amazon, Meta et Tesla. Les mĂȘmes que dans l'indice du Vatican. La raison est identique : ces gĂ©ants ont peu de dettes portant intĂ©rĂȘt et ne figurent dans aucun secteur exclu. La logique de l'exclusion nĂ©gative produit le mĂȘme rĂ©sultat dans les deux religions.

Le contexte gĂ©opolitique actuel a mis en lumiĂšre une limite supplĂ©mentaire. Une enquĂȘte du mĂ©dia britannique Hyphen, publiĂ©e en septembre 2025, a analysĂ© les participations de six grands fonds islamiques et a rĂ©vĂ©lĂ© qu'ils dĂ©tenaient collectivement plus d'un milliard de dollars dans des entreprises fournissant des services cloud et militaires Ă  IsraĂ«l (dont Google, via son contrat Project Nimbus de 1,2 milliard de dollars), sans que leurs critĂšres formels ne le dĂ©tectent. MĂȘme paradoxe que Meta dans l'indice Vatican : les filtres confessionnels ne capturent pas forcĂ©ment les implications gĂ©opolitiques du moment. Ce que la foi exclut et ce que la guerre finance ne se recoupent pas toujours


Avant de passer Ă  la suite, place Ă  notre second partenaire du jour qui peut ĂȘtre d'une grande utilitĂ© si vous souhaitez vous lancer dans l'univers des cryptos grĂące Ă  un guide gratuit.

Ici, il n’y a pas d'interdits sectoriels ni de ratios d'endettement. À la place : le principe du tikkoun olam, "rĂ©parer le monde". Le TOV ETF (JLens, NYSE, lancĂ© en fĂ©vrier 2025, il gĂšre 210 millions de dollars en mars 2026) suit les 500 plus grandes capitalisations amĂ©ricaines. Sa particularitĂ© : plutĂŽt que d'exclure, il pondĂšre. Les entreprises excellentes sont surpondĂ©rĂ©es de 3 %, celles Ă  amĂ©liorer sous-pondĂ©rĂ©es.

Le principe de hocheach tochiach ("remontrance constructive") justifie de rester actionnaire plutÎt que de se retirer : on influence de l'intérieur. JLens a déposé en 2025 une résolution chez Meta sur la modération des contenus antisémites : 5 % des votes totaux, mais 36 % des actionnaires indépendants.

Hindouisme, bouddhisme, jaĂŻnisme partent d'un mĂȘme point : l'ahiáčƒsā, du sanskrit "non-nuisance", soit la non-violence envers tous les ĂȘtres vivants. Ce principe commun produit les critĂšres d'exclusion les plus larges de toute la finance confessionnelle.

Pas seulement l'armement, le tabac ou les jeux, mais aussi les tests sur les animaux, les OGM et les industries pharmaceutiques impliquant de la cruauté animale. La frontiÚre de l'éthique s'étend bien au-delà de ce que l'humain fait à l'humain.

En 2025, l’Ahimsa Investment Movement (AIM) porte cette cohĂ©rence jusque dans la salle des marchĂ©s. BasĂ© Ă  Mumbai, ce mouvement non lucratif encourage les investissements "sans cruautĂ©", alignĂ©s sur l'Ă©thique animale et environnementale. Il calcule un Ahimsa Quotient (AQ) pour Ă©valuer les fonds et pousse pour des options Ă©thiques en finance indienne.

Le bouddhisme apporte une notion complĂ©mentaire : le right livelihood, ou le "juste moyen d'existence", qui exige de gagner sa vie sans causer de prĂ©judice Ă  quiconque. Au Japon, la secte bouddhiste Sƍtƍ a investi sa trĂ©sorerie en obligations sociales, prĂ©sentant cet acte non comme une dĂ©cision financiĂšre, mais comme une "pratique de bodhisattva", donc un geste sur le chemin de l'Ă©veil.

Ce qui distingue ces traditions de toutes les autres : aucune autorité centrale, aucun conseil, aucun pape ni comité de charia. Du coup, chaque communauté adapte les principes à son contexte local, sans attendre une validation extérieure.

Le BRI (Biblically Responsible Investing) est le segment le plus politiquement chargĂ©. NĂ© avec le Timothy Plan en 1994, il reprĂ©sente plusieurs centaines de milliards d'actifs portĂ©s par Inspire Investing (2,5 milliards en ETF chrĂ©tiens fin 2025). Les critĂšres d’exclusion sont hiĂ©rarchisĂ©s : avortement au maximum, pornographie idem, alcool et tabac en secondaire. 

Les entreprises adoptant des politiques favorables aux droits LGBTQ+ ou des programmes formels de diversitĂ© et d'inclusion (DEI) reçoivent des points nĂ©gatifs dans le scoring d'Inspire et peuvent ĂȘtre exclues des ETF BRI. 

ISS (Institutional Shareholder Services) est le plus grand cabinet de conseil en vote actionnarial au monde. ConcrÚtement, quand une entreprise cotée organise son assemblée générale, des centaines de fonds d'investissement se tournent vers ISS pour savoir comment voter sur les différentes résolutions (rémunération des dirigeants, stratégie climat, etc.).

Des gérants spécialisés dans l'investissement religieux américain (BRI), comme Inspire Investing, ont fait pression sur le cabinet pour qu'il propose une option de vote alternative permettant de recommander un vote contre les résolutions ESG. ISS a accepté et lancé cette option en 2024.

Et c'est lĂ  que la diffĂ©rence culturelle devient flagrante, mĂȘme au sein du christianisme. D'un cĂŽtĂ©, le BRI amĂ©ricain adopte une logique de rupture : on exclut, on s'oppose, on se tient Ă  distance de ce qui est jugĂ© contraire aux valeurs bibliques. De l'autre, la doctrine sociale de l'Église (DSE) europĂ©enne prĂ©fĂšre l'engagement : on investit pour influencer de l'intĂ©rieur, on pousse les entreprises Ă  s'amĂ©liorer et l'exclusion n'arrive qu'en dernier recours. MĂȘme foi, stratĂ©gies diamĂ©tralement opposĂ©es.

Face Ă  la fragmentation de ces approches, certaines institutions religieuses ont choisi de peser ensemble. L'Interfaith Center on Corporate Responsibility (ICCR), fondĂ© en 1971 aux États-Unis, rĂ©unit plus de 300 membres institutionnels (ordres religieux, fonds de pension confessionnels, fondations catholiques, protestantes, juives) qui coordonnent leur activisme actionnarial auprĂšs des grandes entreprises mondiales. Leur mĂ©thode : rester investis, mais exiger des comptes collectivement.

Avant de chercher un produit, la vraie question est celle de la posture. Il en existe trois, et elles ne mĂšnent pas aux mĂȘmes endroits.

L'exclusion : je refuse d'investir dans ce qui me choque moralement. C'est la logique des indices confessionnels que nous avons parcourus dans cette newsletter. Simple, lisible, mais imparfaite, comme on l'a vu avec Meta dans l'indice du Vatican.

L'engagement : je reste actionnaire des entreprises imparfaites pour les influencer de l'intérieur. C'est la logique du TOV ETF juif, de l'ICCR interconfessionnel, et de Mensuram Bonam. Plus complexe, cela demande plus d'énergie, mais c'est potentiellement plus puissant.

L'impact : je finance directement des projets alignĂ©s avec mes valeurs, souvent en non cotĂ©. C'est la logique de Credo Funding ou des sukuk (instruments obligataires islamiques) adossĂ©s Ă  des actifs rĂ©els. L’alignement est maximal, la liquiditĂ© moins


Il faut savoir que ces trois postures ne sont pas du tout exclusives. La plupart des investisseurs de conviction combinent les trois selon les classes d'actifs.

Sur les marchés cotés, voici quelques produits concrets (liste non exhaustive) :

  • Pour les catholiques : l'ETF CATH (S&P 500 Catholic Values, accessible via courtier en ligne sur compte-titres). Les futurs ETF basĂ©s sur les indices IOR/Morningstar, quand ils seront disponibles en Europe.
  • Pour les musulmans : l'iShares MSCI World Islamic UCITS ETF (ISWD, BlackRock) suit environ 250 sociĂ©tĂ©s de pays dĂ©veloppĂ©s filtrĂ©es selon les principes de la charia, il est accessible sur compte-titres ou assurance vie, mais pas sur PEA.
  • Pour le TOV alignĂ© sur les valeurs juives, il n'est pas disponible en France pour l'instant.
  • Pour toutes et tous : les fonds Article 9 SFDR (objectif d'investissement durable explicite et mesurable) constituent un premier niveau d'alignement accessible via la quasi-totalitĂ© des assurances vie françaises.

La question revient systématiquement : est-ce qu'on sacrifie du rendement ? La réponse courte est : pas forcément, mais ça dépend du produit et de la période.

L'ETF CATH affiche un +13,9 % annualisé sur cinq ans, trÚs proche du S&P 500. L'ETF islamique MSCI World Islamic a livré +5,82 % en 2024, contre +19,19 % pour le MSCI World.

L'écart s'explique surtout par la sous-exposition aux banques conventionnelles, qui ont eu une bonne année.

Sur une longue période, l'écart se réduit.

L'ETF évangélique BIBL d'Inspire a affiché +23,79 % sur un an au 19 mars 2026, surperformant le S&P 500.

La vraie contrainte n'est pas forcĂ©ment la performance, mais plutĂŽt la disponibilitĂ© des produits en Europe, et plus encore leur accessibilitĂ© dans les enveloppes fiscales françaises (PEA et assurance vie en tĂȘte).

Mais au fond, la question du rendement n'a peut-ĂȘtre jamais Ă©tĂ© la bonne. Dans les trois traditions abrahamiques, l'argent a toujours Ă©tĂ© soumis Ă  une obligation supĂ©rieure.

La tsedakah juive : entre 10 % et 20 % des revenus, le Talmud recommandant 10 % comme plancher. Fait intéressant, le mot ne veut pas dire "charité", mais "justice". L'idée derriÚre : donner n'est pas un geste de générosité facultatif, c'est un devoir moral. Si tu as les moyens et que tu ne donnes pas, tu commets une injustice.

La dĂźme chrĂ©tienne : le principe est de reverser 10 % de ses revenus Ă  l'Église ou Ă  des Ɠuvres caritatives. Le mot "dĂźme" vient du latin decima qui signifie tout simplement "dixiĂšme". La logique spirituelle est la suivante : tout ce que tu possĂšdes vient de Dieu, tu lui "rends" donc une part de ce qu'il t'a donnĂ©.

La zakat islamique : chaque annĂ©e, un musulman verse 2,5 % de son patrimoine (et non de ses revenus, c'est une diffĂ©rence importante) aux personnes dans le besoin. Le mot signifie Ă  la fois "purification" et "croissance", l'idĂ©e Ă©tant que donner une partie de sa richesse la "nettoie" spirituellement et, paradoxalement, la fait grandir. Ce n'est pas un impĂŽt au sens fiscal, c'est l'un des cinq piliers de l'islam, au mĂȘme titre que la priĂšre.

đŸ‘©â€đŸ« Dans ces trois traditions, accepter un rendement lĂ©gĂšrement infĂ©rieur au profit d'un alignement Ă©thique n'est pas forcĂ©ment une concession. C'est peut-ĂȘtre lĂ  la vraie diffĂ©rence avec l'ESG, qui cherche Ă  dĂ©montrer que la vertu est rentable. La finance confessionnelle assume parfois que la vertu a un coĂ»t, et que ce coĂ»t vaut la peine d'ĂȘtre payĂ©.

1. Mes lignes rouges sont-elles des exclusions (ce que je refuse absolument) ou des valeurs positives (ce que je veux activement financer) ? Les deux approches n'ont pas les mĂȘmes produits.

2. Suis-je à l'aise avec un alignement imparfait sur les marchés cotés, ou est-ce que je veux un alignement total qui me pousse vers le non coté ?

3. Est-ce que je veux agir seul ou avec un conseiller qui connaßt ce segment et peut m'éviter les piÚges du faith washing, l'équivalent confessionnel du greenwashing ?

Pour conclure, j’aimerais vous partager trois citations qui traversent les siùcles et les frontiùres :

"Prenez garde et gardez-vous de toute avarice, car la vie d'un homme ne dépend pas de l'abondance de ses biens." Luc 12,15

"Malheur à tout calomniateur médisant, qui amasse des richesses et les compte, croyant que ses richesses le rendront immortel." Sourate Al-Humazah 104, 2-3

"Celui qui aime l'argent n'est pas rassasié par l'argent. C'est encore là une vanité." Qohéleth 5,9

Trois traditions, trois façons de dire la mĂȘme chose : l'argent est un outil, pas une fin. Un moyen de faire le bien dans le monde, pas une rĂ©serve Ă  accumuler sans but.

La foi ne protÚge pas de la complexité du monde réel. Mais elle oblige à se poser les bonnes questions : suis-je cohérent ? Ce que je fais de mon argent reflÚte-t-il qui je suis vraiment ?

C'est déjà beaucoup.

Pour rester dans le thĂšme de PĂąques, souvenez-vous : mĂȘme le Vatican diversifie. Ne mettez pas tous vos Ɠufs dans le mĂȘme indice. 🐣

Et n'hésitez pas à partager Snowball à vos proches !

Comme toujours, si vous souhaitez réagir ou si vous avez des questions, n'hésitez pas à répondre à ce mail.

Excellente soirée !

Yoann ❀