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💝 L'économie des cadeaux et de la donation

Comment fonctionnent les donations ?

Le 09/06/2026

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Ce que vous allez apprendre dans cet article

Hey Snowballers ! J'espère que vous allez bien. Au programme aujourd'hui : 💵 Pourquoi offrir de l'argent liquide est le pire cadeau possible, même si d’un point de vue rationnel, c’est le meilleur et ce que ça révèle sur la théorie économique du signal. 🪂 Comment un cadeau crée une dette invisible, et pourquoi une expérience rend souvent plus heureux qu'un objet. 👩‍⚖️ Où se situe la frontière fiscale entre un simple cadeau et une donation taxable, et la fenêtre qui se referme fin 2026. 💶 Snowball place sa trésorerie chez Spiko… pourquoi pas vous ? On a placé près de 500 000 € de notre trésorerie sur Spiko, alors plutôt que de vous faire une présentation théorique, je vais vous raconter pourquoi on a choisi cette solution et pourquoi on reste chez eux.

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⏱️ Temps de lecture : 17 minutes

Nous sommes le 9 juin, le 4 était l'anniversaire de mon père, hier le mien et demain celui de ma mère… Une belle brochette de Gémeaux.

Moi en juin 1987 avec ma mère et mon père. Déjà pas mal de cheveux 🥹

Moi en juin 1987 avec ma mère et mon père. Déjà pas mal de cheveux 🥹

N'ayant pas trop d'idée aujourd'hui concernant le sujet de la newsletter, j'ai décidé de la dédier aux cadeaux pour rester dans le thème de l'anniversaire.

Un sujet qui peut paraître banal, mais qui est, comme tous les sujets, passionnant quand on creuse un peu. Notamment d'un point de vue économie.

Avant de se plonger dans le vif du sujet, voici ce que vous avez raté dimanche si vous n'êtes pas (encore) abonnés à la version prémium de Snowball (on vous offre deux semaines si vous voulez tester) :

✨ Est-ce que l'entrée d'Apple dans le secteur des lunettes connectées va booster l'action du franco-italien EssilorLuxottica ? C'est la question qu'on s'est posée dimanche dans le Snow Report en décortiquant les chiffres publiés par l'entreprise qui possède des marques légendaires comme Ray-Ban. On a également fait un état des lieux du projet de lunettes connectées d'Apple justement. Ma thèse : il s'agit du prochain produit qui pourrait atteindre un nombre de ventes similaire à celui de l'iPhone. Et pour terminer, on a également analysé le secteur de l'IA pour prouver que nous ne sommes certainement pas encore dans une bulle. 👉 Par ici pour lire l'article (essai gratuit de deux semaines). 📊 Pour retrouver toutes les actions que nous avons analysées depuis 6 ans (portefeuille en hausse de +125 %), c'est ici. 

Et n'hésitez pas à partager Snowball à vos proches pour gagner des stickers, des cartes-cadeaux et même des lingots d'argent !

Un économiste de Yale nous dit, chiffres à l'appui, que vos cadeaux de Noël, d'anniversaire, etc., détruisent de la richesse.

Alors oui, d'un point de vue purement rationnel, il n'a pas tort. Mais si on creuse un peu plus loin, on peut se rendre compte qu'il oublie un truc essentiel…

Chaque hiver, la France se transforme en une gigantesque machine à offrir. Par exemple, en 2025, le budget moyen consacré aux fêtes s'élevait à 491 € par personne, dont 297 € rien que pour les cadeaux, selon le baromètre Cofidis.

C'est d'ailleurs le niveau le plus bas depuis 2017.

Mais les moyennes ne sont pas dingues pour analyser des phénomènes. Du coup, si on regarde le budget médian, on voit qu'il n'est que de 350 €.

Pour rappel, la médiane signifie que la moitié des gens achète pour moins de 350 € et l'autre moitié pour plus de 350 €. Cela veut donc dire qu'une majorité de foyers se serre la ceinture pendant qu'une minorité continue de dépenser autant, voire plus.

Selon une autre enquête Ymanci, plus de quatre Françaises et Français sur dix disent ne pas avoir les liquidités nécessaires pour financer leurs cadeaux. Et petit paradoxe, le nombre moyen de présents grimpe quand même à neuf par personne, un record depuis 2017. On offre donc plus de trucs, mais des choses moins chères.

En 1993, l'économiste Joel Waldfogel publie un article relativement intéressant intitulé The Deadweight Loss of Christmas qu'on pourrait traduire en français par Le coût économique caché de Noël. Sa thèse est relativement simple (et peut-être trop simpliste) : en gros, quand on offre un objet, le mieux qu'on puisse faire, c'est deviner ce que l'autre aurait acheté avec la même somme. Mais le truc, c'est qu'on se trompe très souvent. Résultat, le cadeau vaut moins, aux yeux de celui qui le reçoit, que ce qu'il a vraiment coûté.

Mais on va voir que notre cher Joel se trompait certainement. On enchaînera par des sujets plus techniques pour parler de donation.

En quoi ça vous concerne : derrière le fait d'offrir des cadeaux se cachent trois mécanismes économiques sérieux : la théorie du signal, l'obligation de réciprocité et la fiscalité du patrimoine. Comprendre les trois pourrait faire évoluer votre façon d'offrir et, maybe, votre façon de transmettre.

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🎯 L'essentiel : si offrir était une question d'efficacité et de rationalité, on s'offrirait toutes et tous du cash. On ne le fait pas, et cette "inefficience", c'est justement le message qu'on cherche à faire passer.

Je me souviens qu'en 2008, j'écoutais un podcast économique en faisant mon sport qui disait que le meilleur cadeau possible d'un point de vue rationnel, c'est de donner du cash, car la personne peut justement faire ce qu'elle veut avec cet argent. Si vous allez dîner chez quelqu'un, plutôt que d'acheter une bouteille de vin sans avoir la certitude qu'elle plaira, donnez un billet de 20 €. C'est plus rationnel. Par contre, ça risque d'être un peu cringe…

Si on reprend le raisonnement de Waldfogel, il est arrivé à sa conclusion en interrogeant des étudiants sur les cadeaux reçus, puis en comparant leur prix d'achat à la somme que les destinataires accepteraient de payer pour les mêmes objets. Le résultat a été surprenant…

Dans une de ses enquêtes, les proches avaient déboursé 438 $ en moyenne.

Les destinataires pensaient que ces mêmes cadeaux valaient 313 $ en moyenne.

Waldfogel conclut donc qu'entre un dixième et un tiers de la valeur des cadeaux partent en fumée.

D'où le titre de son article Deadweight Loss, ou perte sèche, si on traduit littéralement, qui désigne en économie une valeur détruite que personne ne récupère.

Mais il y a un gros bug dans ce calcul…

En effet, il demande aux gens d'ignorer un truc fondamental : la valeur sentimentale.

D'autres chercheurs ont refait le même exercice, mais en formulant les questions autrement, et ont trouvé l'inverse : les cadeaux créent un gain de bien-être net.

Waldfogel a donc fini par nuancer ses propos : l'intention compte et elle n'a pas besoin de coûter cher.

Et vous le savez bien, un bon cadeau peut valoir 1000x plus que son prix quand il vous fait découvrir un objet, un livre ou un lieu que vous n'auriez jamais choisi seul ou encore quand il est fabriqué de toutes pièces par une personne qu'on aime.

Si on revient un peu en arrière, je disais que la solution, d'un point de vue purement rationnel, est évidente : offrir du cash.

Effectivement, une somme d'argent ne se trompe jamais de taille ni de couleur. Et pourtant, donner un billet dans une enveloppe à belle-maman reste socialement très gênant, alors que c'est le geste le plus "rationnel" qui soit.

Par contre, ce même billet, offert à un enfant pour son baptême, ben c'est parfaitement acceptable socialement parlant. Le contexte…

Mais alors, pourquoi ? La sociologue Viviana Zelizer l'explique simplement : l'argent n'est pas socialement neutre, tout simplement.

On le range mentalement dans des cases. L'argent "cadeau" ne se dépense pas comme le salaire ou l'héritage, alors qu'un euro reste pourtant un euro. Une amie conserve par exemple précieusement l'argent offert par sa grand-mère pour se payer un futur tatouage.

D'ailleurs, l'économiste Colin Camerer va un peu plus loin. Pour lui, un cadeau, ce n'est pas juste un simple objet ou une expérience, c'est un signal qui lui-même a un coût.

Le temps passé à chercher le cadeau, le risque de se planter, le caractère non remboursable de l'objet : tout cela prouve qu'on investit dans la relation. Un cadeau parfaitement efficace comme de la thune, lui, ne prouve rien. L'inefficacité n'est pas un bug. C'est la fonction.

L'exemple le plus parlant est certainement la bague de fiançailles.

J'imagine que vous connaissez l'histoire, mais en 1947, les mad men de De Beers invente le slogan A diamond is forever.

Et boom, en une génération, le diamant devient la norme.

De Beers, en mode gros requin de la finance, fixe même le "tarif de l'amour" : un mois de salaire dans les années 40, deux dans les années 80. Parce que why not ?

Le pire dans l'histoire, c'est qu'un diamant c'est cher, illiquide et ça se revend très, très mal. C'est donc le signal coûteux par excellence : impossible donc de l'offrir sans trop réfléchir (bon, sauf si vous êtes multimillionnaire, maybe). La juriste Margaret Brinig a même montré que la bague a remplacé d'anciennes protections juridiques des fiancées en devenant une sorte de garantie de l'engagement.

Mais le problème de cette théorie, ben c'est tout simplement qu'elle ne marche pas si bien… Une étude américaine de 2015 a observé que plus le couple dépense pour la bague et le mariage, plus le risque de divorce augmente…

🎯 L'essentiel : un cadeau n'est jamais gratuit, il crée une sorte de dette de réciprocité. Et spoiler alert, le cadeau qui rapporte le plus de bonheur n'est presque jamais un objet.

En 1925, l'anthropologue français Marcel Mauss publie l'Essai sur le don.

Sa découverte : dans presque toutes les sociétés, le don repose sur trois obligations qui se suivent les unes les autres :

  • donner ;
  • recevoir ; et surtout
  • rendre.

Il nous dit qu'accepter un cadeau, c'est un peu comme contracter une dette sociale. C'est exactement pour ça que vous vous sentez un peu mal à l'aise si quelqu'un vous surprend à vous faire un cadeau alors que ce n'était pas prévu.

Mauss décrit même des pratiques extrêmes, comme le potlatch de certains peuples d'Amérique du Nord, où les familles rivalisent de générosité jusqu'à se ruiner pour asseoir leur statut. Le don devient donc une arme autant qu'un geste d'affection.

Ça me fait aussi penser au fameux virtue signaling qu'on entend souvent de nos jours. Quand une personne se montre très généreuse en apparence, c'est souvent qu'il se cache un truc pas ouf dessous. Sam Bankman-Fried en est l'un des parfaits exemples récents.

Cette règle de réciprocité est un mécanisme super puissant dans le comportement humain. Le psychologue Robert Cialdini en a d'ailleurs fait l'un des grands principes de l'influence, et les marketeux (mon ancienne vie) l'ont parfaitement compris.

L'échantillon gratuit, le café offert, le petit cadeau glissé dans le colis, le morceau de saucisson gratuit au marché, la dame qui vous fait goûter douze confitures : tous activent ce réflexe de contrepartie (bon pas que, mais en partie). On se sent redevable, donc ben, on achète.

Si vous arrivez à repérer ce mécanisme, c'est déjà reprendre un peu la main sur vos décisions d'achat (même si je sais que c'est difficile de combattre ce sentiment d'être redevable…).

Bon, vous devez vous demander : du coup, quoi offrir pour faire vraiment plaisir ?

Je pense que vous le savez déjà toutes et tous, mais regardons du côté des chercheurs.

En 2003, les psychologues Leaf Van Boven et Thomas Gilovich comparent les achats matériels et les achats d'expériences. Conclusion ? Une fois les besoins de base couverts, les expériences procurent un bonheur plus durable que les objets. Logique. Prévisible.

Trois raisons principales :

  • une expérience se compare moins facilement à celle du voisin ;
  • elle se fond davantage dans notre identité ; et
  • elle se vit souvent à plusieurs, ce qui peut renforcer les liens.

Une partie du plaisir vient même de l'attente. Vous l'avez déjà vécu : anticiper un voyage apporte largement plus de plaisir qu'un objet posé sur une étagère.

Et inversement, le cadeau matériel mal choisi finit souvent revendu ou pire, au fond d'un tiroir.

En France, le marché de la revente explose d'ailleurs chaque année, avec des centaines de milliers d'annonces supplémentaires juste après les fêtes.

En quoi ça vous concerne : la nuance compte, pour rester honnête. D'autres travaux montrent que les objets offrent des petites doses de plaisir plus fréquentes, au quotidien. Et l'avantage des expériences disparaît quand le budget sert d'abord à boucler les fins de mois. Mais le principe tient : un week-end, un concert, un cours valent souvent mieux qu'un énième gadget. C'est aussi un meilleur signal. Une expérience partagée raconte la relation, là où un objet cher raconte surtout votre compte en banque.

🎯 L'essentiel : en France, un cadeau peut être totalement défiscalisé, ou requalifié en donation taxable. La différence se joue sur l'occasion et le montant.

C'est donc là maintenant que le sujet bascule du registre émotionnel et léger à celui de votre patrimoine, un peu plus lourd.

Notre ami le fisc distingue deux choses très différentes derrière le mot "cadeau".

On a, d'un côté, le présent d'usage.

C'est donc le basique cadeau lié à un événement précis : anniversaire, Noël, mariage, réussite à un examen.

Il est encadré par l'article 852 du Code civil et il échappe totalement aux droits de donation. C'est super simple. Il n'est ni déclarable ni rapportable à la succession.

Quelles sont les deux conditions cumulatives ?

  • une occasion réelle ; et
  • un montant proportionné à votre situation.

Ça veut dire quoi ? No one knows what it means, but it's provocative. Blague à part, aucun seuil légal n'existe. La jurisprudence retient une règle de bon sens, souvent citée autour de 2 % du patrimoine ou 10 % des revenus annuels.

La Cour de cassation a rappelé en 2008 que le présent doit rester "modéré".

En gros, un chèque de 3000 € ben ça passe pour un présent d'usage chez une famille très aisée, mais ce sera vu comme une donation déguisée pour une famille plus modeste. Tout est relatif à la fortune de celui qui offre, jamais à un montant fixe.

Et de l'autre côté, on a le don manuel.

Dès qu'un cadeau dépasse ce caractère modeste un peu nébuleux, il devient une donation à déclarer.

Mais good news, l'État offre des abattements assez généreux : 100 000 € par parent et par enfant, renouvelables tous les 15 ans (article 779 du Code général des impôts).

À quoi s'ajoute un don familial de sommes d'argent de 31 865 €, si le donateur a moins de 80 ans et que le bénéficiaire est majeur.

Un couple peut donc transmettre, en franchise totale, plus de 260 000 € par enfant tous les 15 ans.

ATTENTION DONC : si vous n'anticipez pas, les mêmes sommes transmises au décès sont taxées par tranches, jusqu'à 45 % au-delà d'environ 1,8 million d'euros en ligne directe.

Ma petite reco : commencez tôt et étalez dans le temps pour multiplier les cycles d'abattement.

En quoi ça vous concerne : bonus, la loi de finances 2025 a créé un abattement supplémentaire de 100 000 €, pour les dons d'argent affectés à l'achat d'une résidence principale neuve ou à des travaux de rénovation énergétique. Cette mesure expire le 31 décembre 2026 il me semble (vérifiez bien). Dernier détail pratique : depuis le 1er janvier 2026, la déclaration d'un don manuel se fait uniquement en ligne, sur le site des impôts. La démarche est simple et gratuite. Gardez en tête que déclarer ne veut pas dire payer : tant que vous restez sous les abattements, vous ne payez rien. La déclaration sert à dater le don et à lancer le compteur des 15 ans.

Ne réfléchissez pas trop. J'ai volontairement regardé du côté de la littérature scientifique, mais franchement, faites à l'instinct, hein. Un cadeau doit aussi faire plaisir à l'émetteur. Ça va dans les deux sens. Par exemple, j'aime bien offrir des choses qui me plaisent pour faire découvrir mes passions aux gens que j'aime. Il m'est arrivé d'offrir une boîte de LEGO à une personne qui n'a jamais fait de LEGO de sa vie et elle était ravie.

Les cadeaux sont par défaut imparfaits et disent simplement "je tiens à toi et tu comptes", et c'est très bien ainsi.

Si vous pensez que du cash fera plus plaisir à une personne qu'un objet, alors go. Ce n'est pas parce que des scientifiques ont dit que c'était moins bien qu'il faut les écouter. Mais ils peuvent vous aider à faire des choix si vous doutez.

Mais quand l'enjeu n'est plus juste de faire plaisir pour un anniversaire, mais de transmettre, la logique s'inverse complètement.

Là, le cadeau le plus utile redevient l'argent (ou des actions) et tout doit être bien calculé et organisé intelligemment.

Il faut savoir qu'une donation anticipée permet de faire deux choses précieuses :

  • elle aide vos proches au moment où ils en ont le plus besoin, souvent jeunes, pour un logement ou un projet ;
  • elle allège la facture fiscale de votre succession.

Mais attention, il ne faut jamais se déposséder au point de manquer de liquidités : on transmet ce dont on n'a pas besoin, jamais l'inverse.

La prochaine fois que vous ferez un cadeau, j'espère que vous penserez à Snowball. D'ailleurs, voici un petit cadeau. Un de mes sites internet préférés ever.

Et comme toujours, si vous avez des remarques ou autres, n'hésitez pas à répondre à cet email. Je lis et réponds à 100 % de vos messages (même si parfois je suis un peu long).

Excellente soirée à toutes et à tous !

Yoann ❤️